L'agriculture européenne, grande victime de l'accord de libre-échange

Publié le par Michel Sorin

 

C'est écrit dans un rapport du ministère de l'agriculture des Etats-Unis

 

On se demande pourquoi la Commission européenne continue de négocier avec les USA un accord de libre-échange qui semble tout à fait déséquilibré, faisant jouer à l'agriculture le rôle de variable d'ajustement au bénéfice des USA. Sur les sites Terre-net et Agrisalon, le 20 janvier 2016, on trouve cet article intitulé :

L'agriculture européenne grande perdante, de l'aveu même des Etats-Unis

Les négociations entre la Commission européenne et les Etats-Unis pour conclure un accord de libre-échange doivent-elles continuer ? Alors que le département américain à l’agriculture reconnaît que l’UE serait perdante dans l’état actuel des négociations, les voix s’opposant à la poursuite des discussions se font de plus en plus nombreuses en Europe.

 

Le ministère américain de l'agriculture (USDA) a publié un rapport, courant décembre 2015, analysant les conséquences de l'accord bilatéral de libre-échange (TTIP) entre les Etats-Unis et l'Europe. Selon ce rapport des autorités américaines,  le TTIP serait largement défavorable à l'agriculture européenne.

« De l'aveu même des Américains, les Européens n'ont pas grand-chose à y gagner », explique Marc Tarabella, député européen en charge de l'agriculture et de la protection des consommateurs. L'élu européen en tire les mêmes conclusions que la plupart des syndicats agricoles, notamment la FNB. « Le volet agricole ne peut être la variable d'ajustement des autres chapitres de la négociation TTIP. Ce serait se moquer des agriculteurs et des consommateurs européens ! »

Des bénéfices sept fois plus importants aux Etats-Unis

Le rapport de l'USDA a analysé plusieurs scenarii possibles pour un accord bilatéral finalisé, en prenant en compte différentes possibilités, comme l'abolition des droits de douane ou la suppression des mesures non tarifaires (qualité, protection des indications géographiques, etc).

Dans le premier scénario, les autorités américaines estiment leurs gains à 5,5 milliards de dollars pour seulement 800 millions dans les poches européennes. « En d'autres termes, les bénéfices américains seraient sept fois plus importants que ceux des Européens », commente Marc Tarabella.

Pire, dans un second scénario supprimant les mesures non tarifaires, les bénéfices pour les Etats-Unis seraient encore plus criants : près de 10 milliards de dollars, contre à peine 2 milliards pour l'UE.

Selon le rapport, un tel accord engendrerait une envolée des prix américains tandis que les prix européens, soumis à une trop forte concurrence dans une zone à croissance faible, baisseraient fortement.

Surtout, le TTIP apparaît comme un instrument fait sur mesure pour le Farm Bill. La politique agricole américaine est plus protectionniste pour les producteurs que ne l'est la Pac européenne.

Dans un scénario plus néfaste pour les Etats-Unis, « les citoyens américains feraient de la qualité et des questions sanitaires une priorité », explique l'eurodéputé. Les consommateurs se tourneraient alors vers la production locale. « Dans un tel cas, les Américains conviennent que le TTIP n'aurait aucun intérêt. »

En attente d'explications de la Commission européenne

Fin décembre 2015 et début janvier 2016, les réactions se sont succédé en Europe pour dénoncer un accord néfaste pour les agriculteurs et consommateurs européens.

Le think tank Momagri, qui milite pour la sortie du secteur agricole de l'Organisation mondiale du commerce vers une organisation mondiale spécifique aux productions agricoles, a demandé à la Commission européenne de prendre position sur cette étude « hautement inquiétante pour l'agriculture européenne ». « Soit la Commission européenne est en mesure d'infirmer les résultats de l'étude du ministère américain de l'agriculture, soit la Commission européenne a le devoir de stopper les négociations sur le volet agricole au risque de mettre en danger un des atouts stratégiques de l'UE, à savoir son agriculture, socle de son indépendance alimentaire », commente le think tank.

Plus tranché encore, l'eurodéputé Marc Tarabella demande l'arrêt pur et simple des négociations.

La Confédération paysanne va plus loin. Le syndicat soupçonne la Commission européenne d'opérer « des manœuvres de blocage ou de déconstruction, par anticipation, de toute une série de réglementations sanitaires vouées à être balayées par la création du grand marché transatlantique (Tafta), en cours de négociation. » Selon le syndicat, la Commission, dans d'autres affaires judiciaires concernant notamment l'accord bilatéral UE-Maroc, violerait le droit européen « plutôt que de produire une réglementation d'intérêt général, qu'elle sait condamnée par les négociations qu'elle mène par ailleurs avec les Etats-Unis ».

Et la France n'est pas isolée dans ses craintes à l'égard du Tafta. « L'Allemagne est l'un des États membres dans lequel l'opinion publique se montre la plus inquiète à l'égard des négociations », explique l'Institut Jacques Delors, un autre think tank fondé par l'ancien président de la Commission européenne. Même Pascal Lamy, ancien directeur général de l'OMC, émet des doutes sur les bienfaits d'un accord pour l'UE. Autant dire qu'en poursuivant ses négociations, la Commission européenne ne peut pas faire beaucoup mieux pour nourrir les velléités anti-européennes chez les producteurs et citoyens français et européens.

 

Cet article est le 343ème paru sur le blog CiViQ et le 96ème, catégorie Agriculture Alimentation

Les bureaux de la Commission européenne bien protégés lors de la manifestation des éleveurs européens le 7 septembre 2015 à Bruxelles

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