Crises en agriculture : récoltes en chute, prix du lait excessivement bas

Publié le par Michel Sorin

 

Tout se cumule en France pour faire de 2016 la pire des années agricoles

 

A la crise touchant les éleveurs, s'ajoutent des récoltes de blé et d'orge en chute historique, en raison des pluies diluviennes du printemps 2016 qui ont touché une grande partie de la France (principalement le nord, le centre et l'est).

- Le Monde, 27 juillet 2016 : Craintes sur les récoltes de blé en France

- Normandie-actu, 8 août 2016 : La production de blé en France au plus bas depuis 30 ans

Extrait.

En France, rendement en baisse de 30%

D’après une estimation d’Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, diffusée vendredi 5 août 2016, « la production nationale de blé tendre devrait atteindre 29,1 millions de tonnes, en chute de 29% par rapport à 2015 ». Soit un rendement en baisse attendu de 30%, pour la récolte 2016, au plus bas depuis 1986, année de forte sécheresse.

En cause, les conditions climatiques, « la floraison puis le remplissage des grains se sont déroulés dans de mauvaises conditions », atteste Agreste. De plus, « les conditions climatiques ont favorisé la prolifération des maladies et des ravageurs », rappelle l’organisme de publications du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture. Puis « les cultures ont souffert d’un excès d’eau et du manque de luminosité » en raison des intempéries du printemps.

 

C'est l'ensemble de l'agriculture française qui est en crise.

Au conjoncturel (inondations du printemps sur le nord de la France et grippe aviaire au sud-ouest), s'ajoute le structurel (évolution des modes de consommation, cours et concurrence mondialisés, absence de dispositif de régulation après la suppression des quotas laitiers). Tout se conjugue pour faire de 2016 une année noire. Le point positif, c'est que cela contribue à rapprocher les acteurs économiques agricoles et, d'abord, les agriculteurs entre eux.

 

Pour la première fois depuis longtemps, l'action des producteurs laitiers a fait céder le puissant industriel Lactalis. Voir Le Monde, 23 août 2016 : Lactalis, bête noire des producteurs de lait. C'est parti d'une initiative de la FDSEA de la Mayenne (section départementale de la FNSEA), qui avait beaucoup à se plaindre du comportement du leader mondial du lait (lequel a maintenu son siège en Mayenne, ce département lui en sait gré).

- Voir le site du Groupe Lactalis et ce qu'en dit Wikipédia : Lactalis.

- Voir aussi Ouest-France, 27 août : Lactalis : les agriculteurs font monter la pression

Puis, des renforts sont arrivés des autres départements. Voir Ouest-France, 25 août 2016 : Crise du lait : poursuite des négociations, 300 tracteurs à Laval

Ensuite, la FNSEA a élargi le champ d'action au niveau national face à Lactalis. Voir Ouest-France, 30 août : Lait. Les éleveurs mettent la pression avant la reprise des négociations.

Cela ne suffisant pas, une nouvelle stratégie a été décidée : occupation de 15 sites de production en France et boycott des marques du groupe Lactalis.

Voir Le Monde, 27 août Les producteurs de lait cherchent à définir une nouvelle stratégie face à Lactalis et Ouest-France, 30 août : Nouvelle stratégie pour les producteurs laitiers.

Le quotidien régional Ouest-France (Patrice Moyon) titre, le 30 août : L'électrochoc laitier

Le préfet de la Mayenne ouvre ses portes pour la négociation, laquelle ne tarde pas car le géant laitier a perçu les conséquences du conflit sur ses ventes dans les grandes surfaces de distribution. Michel Nalet (Lactalis) et Sébastien Amand (FNSEA) sortent, tout souriants de la préfecture à Laval.

Voir Ouest-France, 31 août : Lactalis. Un accord au bout du marathon.

Voir aussi FranceTVinfo, 30 août : quatre questions sur l'accord entre les éleveurs et le groupe Lactalis

Certes, les producteurs de lait n'ont pas de quoi pavoiser car les concessions de Lactalis ne sont pas à la hauteur de leurs attentes en matière de prix du lait. Mais ils savourent le premier pas de l'industriel, si jaloux de son indépendance en matière de fixation du prix payé aux éleveurs. C'est le point de départ du rapprochement entre les nombreuses OP (organisations de producteurs) qui gravitent autour des sites de production Lactalis.

Chacun peut constater que ce premier succès des producteurs est lié à la cohésion des éleveurs et à la nouvelle stratégie adoptée : pression locale et régionale autour du siège Lactalis à Laval (sans nuisances vis-à-vis de l'environnement), complétée par une action nationale autour des sites de production et auprès des consommateurs dans les grandes surfaces de distribution.

Voir Ouest-France, 1er septembre 2016 : Lait : les agriculteurs ont montré leur unité

Dans l'éditorial de l'hebdo de l'information agricole des Pays de la Loire L'Avenir Agricole, édition du 2 septembre 2016, Frédéric Gérard se situe dans l'après-accord :

« Après un accord, encore des efforts ».

Ce n’est pas un accord glorieux”, avoue un responsable d’OP... Mais l’accord signé avec Lactalis porte “les prémices d’une amélioration, même fragile”. Ce n’est qu’un pas. La filière laitière doit encore s’entendre pour élaborer une stratégie nationale. Stéphane Le Foll veut aussi endiguer les phénomènes de surproduction et orienter l’UE vers une politique laitière mieux partagée, entre Etats. Certaines organisations estiment que ce n’est qu’à ce niveau que peut se jouer l’avenir laitier. Premières réponses ce vendredi. Les producteurs devront par ailleurs calculer les opportunités des primes à la baisse de production. Voir dans quelle mesure la Loi Sapin II tiendra ses promesses, fin septembre. Elle propose de rééquilibrer les relations commerciales, de renforcer le poids des OP (rénovation de la contractualisation, accord-cadre, possibilité de créer des AOP, etc.), de mieux répartir la valeur au sein des filières, etc. Mais d’autres outils (techniques, administratifs, fiscaux) devront être instaurés pour pouvoir mieux affronter les fluctuations du marché.

Le ministre de l'agriculture et de l'agroalimentaire, Stéphane Le Foll, exerce une forte pression sur ses collègues de l'Union européenne afin qu'ils adoptent des mesures de réduction de la production laitière, ce qu'ils refusaient jusqu'à présent au nom de leur idéologie libérale, pour la majorité d'entre eux. Voir (23 juillet 2016) : Plan de soutien UE de la filière laitière : timide retour de la régulation.

Le commissaire européen chargé de l'agriculture, Phil Hogan, a mis beaucoup de temps avant d'admettre la nécessité d'agir en faveur de la remontée des prix du lait payé aux éleveurs. Il est devenu plus conciliant, devant la gravité de la situation des producteurs au niveau européen. Voir son Point de vue dans Ouest-France, le 18 août 2016 : Rétablir la bonne santé du secteur laitier

Le ministre français de l'agriculture a réuni ses collègues le 2 septembre au château de ChambordVoir Ouest-France, 1er septembre 2016 : Les ministres de l'Agriculture des 27 sur le gril. Et, 3 septembre : Les ministres d'accord sur quatre points.

Cet article est le 360ème paru sur le blog CiViQ - le 108ème catégorie Agriculture Alimentation

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