Le citoyen Gérard Beillard (CiViQ 53) a les idées claires sur la politique
A quelques mois de la retraite, Gérard Beillard, ouvrier du textile, domicilié à Saint-Berthevin, aime confronter ses idées avec les autres. Il constate que beaucoup de ses interlocuteurs sont d’accord avec lui. J’ai souvent eu l’occasion de publier ses réflexions sur le blog du MRC 53. Voir, parmi d’autres, ces deux articles (dans le second, j’avais indiqué son parcours militant) :
- Gérard Beillard (MRC 53) : la protection sociale est un droit humain (3 mars 2009)
- Accord interprofessionnel Wagram : le point de vue de Gérard Beillard (21 janvier 2013)
Quelques jours après l’accord de Wagram (voir Flexibilité et sécurité de l'emploi : accord entre le patronat et 3 syndicats - 20 janvier 2013)722:01, Gérard Beillard me faisait savoir ce qu’il pensait de cet accord. Il était fort mécontent. Je lui donnai rendez-vous la semaine suivante. Il m’avait présenté son point de vue personnel concernant cette négociation.
On peut se demander pourquoi il n’est pas candidat aux élections municipales à Saint-Berthevin. En fait, il a été sollicité par une conseillère de la liste de gauche. Dans sa réponse, il a posé des conditions (la première étant que je sois sur la liste) qui n’ont pas été acceptées. Nous avons alors décidé de reporter après les élections municipales le lancement de groupes CiViQ en Mayenne (voir G Beillard et M Sorin appellent à créer un groupe CiViQ à St-Berthevin (20 janvier 2014) et CiViQ 53 propose 10 actions à conduire par des groupes en Mayenne (15 février 2014).
Le 14 mars, il m’a confié ses idées sur les questions politiques en cours, souhaitant que je les écrive, ce que j’ai fait, bien volontiers.
Politique : il faut en faire, mais sans se regarder le nombril, en regardant autour de soi. Il y a, naturellement, une volonté de puissance chez les humains, qui correspond au souci de préserver leurs libertés et leur indépendance face aux aléas de la vie.
Sécurité sociale : elle a été mise en place après la guerre, les progressistes profitant de la marginalisation des conservateurs liés à la collaboration. Mais on assiste malheureusement à sa remise en cause par les libéraux. Voir le livre (2013) Complémentaires santé : le scandale ! - Dunod
Economie de marché : je ne suis pas contre, ni contre l’Europe, si c’est pour éviter les guerres, mais je conteste l’économie de marché telle qu’elle est imposée par l’Union européenne : elle ne met en avant que la compétitivité économique et laisse le social de côté.
Modernisme : je ne suis pas contre, à condition d’en étudier les effets sociaux. La gauche de gouvernement a abandonné le social, même la sécurité sociale. Pour la première fois, avec l’accord du patronat et des syndicats, elle va geler les retraites. Déjà, elle les revalorise 1 % au-dessous de la hausse des prix (revalorisation de 1 % quand l’inflation est 2 %).
Syndicalisme : certains syndicats ne sont pas progressistes. Ils ne défendent pas les salariés comme il faudrait. Ils lâchent trop de lest au niveau des salaires et de l’emploi, quand il y a menace de fermeture d’entreprises. Ils donnent trop facilement la priorité à la concertation avec le patronat en haut, laissant les salariés non informés, et sans possibilité de donner leur avis démocratiquement dans les entreprises. Le rapport des forces entre syndicats évoluera sous la pression des salariés.
Citoyenneté : je ne suis ni angélique, ni démagogue. En tant que citoyen, je veux une économie régulée. Je n’admets pas les libertés que se permet l’Allemagne, par exemple, qui fait venir des travailleurs d’Europe centrale et les paie 450 euros par mois. C’est cela qui fait monter les extrêmes, à droite et à gauche. Il faut que les citoyens, notamment ceux qui sont classés comme intellectuels, se prennent en mains et trouvent les moyens de sortir de la crise. Mais les médias ne laissent pas la possibilité de s’exprimer. Le système est verrouillé, non démocratique.
Rémunération des patrons : faut-il un plafond de rémunération pour les patrons ? Non, car cela risquerait de freiner la capacité d’initiative des chefs d’entreprises. Créer et diriger une entreprise est plus difficile que d’être salarié. Il y a les problèmes de compétitivité avec les autres pays. Quand l’entreprise joue le jeu correctement avec les salariés, il faut laisser la liberté de rémunération au patron. Mais ce n'est pas toujours le cas. L'Etat doit y veiller. Par contre, le SMIC est indispensable.
Retraites : ce qui serait nécessaire, d’abord aux niveaux national et européen, voire mondial à plus long terme, c’est de définir des règles d’un minimum de retraite, d’un minimum social, entre des pays qui veulent bien signer. La France a le meilleur système de retraite, par répartition. Mais il existe de nombreuses petites pensions, inférieures à 700 euros par mois, tout en ayant travaillé toute la vie.
Je propose de réunifier les caisses de retraite et de fixer les pensions au même niveau pour tous, par exemple à 1400 euros net. Les cadres en activité financeraient par capitalisation (mutuelles et assurances privées) leur complément de retraite. Cela permettrait de baisser les cotisations sociales (salariales et patronales). Bien sûr, il ne faudrait pas passer brutalement d’un système à un autre.
Santé : concernant les hôpitaux et cliniques, les structures privées se limitent aux activités rentables (les fins de vie et maladies compliquées sont laissées aux hôpitaux publics). Il faudrait revoir cette répartition afin de la rendre plus équilibrée. Ce serait la preuve qu’au mot réforme, il est possible d’associer le mot social.
Europe : le projet fédéral n’est pas réaliste. Il y a un préalable, qui est de se débarrasser des politiques néolibérales, avant de décider la structure qui convient au niveau européen.
Elections : les candidats font du porte-à-porte, mais c’est trop souvent pour la photo. Il devient difficile d’organiser de vrais débats, faute de participants aux réunions. La confiance fait souvent défaut. La gauche, comme la droite, mettent en avant la peur du Front national. C’est de l’enfumage, un moyen d’éviter de parler des vrais problèmes. Chacun sait que le FN est bien incapable de gouverner.
Immigration : on peut parler de démagogie du FN. Les immigrés des années 1960 venaient des dictatures (Espagne, Portugal) à la demande des entreprises et leur intégration était facile. Les problèmes sont apparus avec les politiques néolibérales, dont le début en France remonte à la présidence de Giscard. L’immigration n’est plus contrôlée. La priorité est donnée aux équilibres financiers et aux réformes sociétales. Le pouvoir politique est réceptif aux demandes des chefs d’entreprise concernant la main-d’œuvre étrangère.
Les valeurs républicaines sont, de plus en plus, négligées et en voie de disparition, laissant la place aux communautarismes. Les immigrés n’en sont pas responsables. Certains en profitent, mettant en avant leurs conceptions religieuses. C’est ainsi que l’islam politique se répand, avec la complaisance d’une partie de la gauche, laxiste, peu regardante sur les principes républicains. La seule réponse devrait être le respect des règles pour tous ceux qui vivent en France. En cas de désaccord, personne n’est obligé de rester.
Cet article est le 50ème paru sur ce blog et le 5ème dans la catégorie Civiq 53
