Elections européennes 2014 : magistrale leçon politique aux dirigeants
« Ils ont des yeux et ne voient point. Ils ont des oreilles et n'entendent point ». Cette parole biblique s’applique aux plus hauts dirigeants de l’Etat et des partis politiques, qui refusent de voir et d’entendre le peuple français.
Ils sont dans leur monde, celui de la politique devenue carriériste.
Ils sont dans leur idéologie, néolibérale et européiste, qui leur a fait négliger la notion de souveraineté populaire et nationale. Ils ont acquis la conviction que le peuple ne peut comprendre la complexité du monde et qu’il est manipulé par des partis dits populistes.
Ils ont refusé de reconnaître l’immoralité du pouvoir politique qui s’est empressé de préserver la finance des conséquences de la crise financière, alors qu’elle est la principale responsable de cette crise.
Ils n’ont pas vu que la collusion de l’élite politique avec celle des grands groupes financiers n’était pas acceptable durablement dans une démocratie.
Ils ont oublié qu’ils étaient des serviteurs du peuple et que des discours de campagne présidentielle ne servaient pas qu’à se faire élire.
Ils n’ont pas perçu le profond ressentiment du peuple français à l’égard de la politique néolibérale européenne, accentué par le refus de ses représentants de tenir compte du NON à la constitution européenne le 29 mai 2005.
Ces élections européennes, venant après les élections municipales il y a quelques semaines, vont-elles (enfin !) ouvrir les yeux et les oreilles de ceux qui gouvernent la France au nom du peuple ?
Le Parti socialiste est l’homme malade de la gauche européenne. Et le terme malade est sans doute trop clément pour rendre compte de son état de coma politique. En appelant Manuel Valls à Matignon avant ce scrutin de tous les dangers, tout le monde avait souligné le risque insensé pris par le chef de l’Etat. Hollande a joué et perdu. Et l’on voit difficilement comment il peut encore jouer ainsi pendant trois ans. Chapeau l’autiste !
Car le discours de Manuel Valls : « On ne change pas de politique, on ne change pas de ligne », déjà inaudible ces dernières semaines, va devenir de plus en plus insupportable. Le problème est que ni le Premier ministre, ni le président de la République n’ont de politique de rechange : ils sont dans une impasse totale. La crise de régime qui s’ouvre, cette crise de confiance, cette colère bien plus forte que toutes les manifestations de rue et les démonstrations d’indignation, est une crise sans précédent. Il y a une vraie révolte dans notre pays. Pour y répondre, il faut des politiques mais aussi un projet à la hauteur de ce défi, un projet qui unisse comme le fut jadis celui du CNR. Et vite !
Voir Elections européennes, exception française (Marianne, 25 mai 2014)
Tous les dirigeants, tous les partis, ont le devoir de prendre en considération la situation du pays. Seul son redressement compte désormais, sur la base du rétablissement de sa souveraineté politique, abandonnée depuis des décennies aux forces obscures du marché et de l’européisme.
Les républicains de tous les partis doivent prendre leurs responsabilités. C’est particulièrement vrai des partis de gauche, mais pas seulement. Car l’enjeu, c’est la République et la cohésion sociale.
Des initiatives sont à prendre, par en haut au niveau des dirigeants, et par en bas au niveau des citoyens, afin de réunir les conditions politiques du renouveau économique et démocratique de notre pays.
Cet article est le 108ème paru sur le blog CiViQ et le 19ème dans la catégorie Europe Continent
