Elections européennes : la question du boycott et de l'abstention divise

Publié le par Michel Sorin

Le boycott d’une élection est un acte grave, qui annonce une rupture politique

 

Le scrutin mode d’emploi

Les élections européennes se dérouleront entre le 22 mai (jour du vote pour les Britanniques et les Néerlandais) et le 25 mai (en France et dans la plupart des autres pays de l’Union). Elles permettront de désigner les 751 eurodéputés de la future assemblée. Il s’agit des 8e élections depuis le premier vote au suffrage universel direct du Parlement européen en 1979 et cette fois près de 390 millions d’Européens sont appelés aux urnes. En France, où il s’agira d’élire 74 députés, le mode de scrutin est proportionnel plurinominal à un tour et suit la règle dite de la plus forte moyenne. Les listes doivent recueillir au moins 5 % des suffrages exprimés pour obtenir des élus. Le territoire est découpé en 8 circonscriptions, qui sont autant de «super-régions». Voir (Les Echos) Les élections européennes 2014.

Le parlement européen pour faire quoi (voir le livre de Bernard Cassen, Hélène Michel et Louis Weber - éditions du Croquant 2014)

Le Parlement européen est élu au suffrage universel direct dans les États membres de l’Union européenne (UE) depuis 1979. Trente-cinq ans après, les enquêtes d’opinion montrent toujours une méconnaissance générale de la signification de ce scrutin, comme d’ailleurs de l’ensemble des institutions européennes. L’abstention, considérable, traduit-elle cette ignorance, comme le croient nombre d’observateurs de l’UE ? Ou le rejet des politiques européennes mises en œuvre dans chaque État membre ? Ou les deux ?* 
Dans ce livre, écrit dans une perspective d’éducation populaire, les auteurs présentent cette assemblée dont les pouvoirs sont loin d’être négligeables. Ils décrivent un fonctionnement où la recherche permanente du consensus et le partage des postes entre les deux groupes politiques dominants - conservateur et social-démocrate - conduisent le plus souvent à dépolitiser la prise de décision. 
Ils plaident pour une refondation démocratique de la construction européenne dans laquelle les pouvoirs du Parlement européen s’articuleraient avec ceux des parlements nationaux et avec les forces politiques ancrées dans les sociétés des États membres. Une telle démarche implique une rupture radicale avec le carcan néolibéral des traités actuels et avec les partis politiques qui s’en accommodent.

Les électeurs n’ont pas besoin de recevoir des directives de boycott pour s’abstenir de voter aux élections européennes. Lors du précédent scrutin, en 2009, le taux d’abstention en France approchait 60 %. Le 25 mai 2014, selon un sondage récent, un électeur sur trois est sûr d’aller voter. L’IFOP a réalisé une étude à la demande de Valeurs actuelles afin de répondre à la question :

QUE VOTERAIENT LES ABSTENTIONNISTES AUX ÉLECTIONS EUROPÉENNES ?

Alors que l’abstention devrait franchir le seuil des 60 % aux prochaines élections européennes, l’Ifop a réalisé pour Valeurs Actuelles une enquête sur ce que voteraient les très nombreux abstentionnistes si le vote était obligatoire. 
Il ressort de cette enquête que les rapports de forces mesurés sont assez semblables à ceux observés parmi les personnes ayant l’intention d’aller voter. L’ordre d’arrivée est en effet le même : FN, puis UMP puis PS. Cette proximité des résultats illustre le fait que l’abstention massive va recruter dans tous les électorats et qu’aucun parti ne sera épargné. 
On constate néanmoins, une légère prime au FN qui avec 24 % parmi les abstentionnistes, est un peu au-dessus de son score parmi les personnes certaines d’aller voter. Ceci traduit la présence d’un réservoir de voix important pour le FN, réserves que Marine Le Pen essaie de mobiliser dans sa campagne. 
Si l’UMP est au même niveau, on constate en revanche que le PS avec 14 % des voix chez les abstentionnistes est encore plus fragilisé que parmi les votants potentiels (17 %). 
L’électorat abstentionniste de gauche garde donc ses distances avec le PS et c’est Europe Ecologie Les Verts qui pourrait éventuellement bénéficier d’une mobilisation de ces déçus de la gauche, cette formation se situant à 11 % parmi les abstentionnistes (contre 9,5% parmi les électeurs certains d’aller voter).

Cette question de l’abstention divise la gauche. Certains partis prônent le boycott. C’est le cas du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), du Mouvement Politique d’Emancipation Populaire (M’PEP), du Parti Ouvrier Indépendant (POI), notamment.

Voir sur le site du MRC_France le Manifeste "Changer de Cap, refaire l'Europe" et Le billet de Marie-Françoise Bechtel, vice-présidente du MRC et députée de l’Aisne (19 mai 2014) :

Elections européennes : un coup pour rien

Faiblesse du Parlement ? La preuve par trois : 

- Le Parlement européen peut-il nous sortir des politiques d’austérité ? NON. Seul un nouveau traité entre Etats le peut.

- Le Parlement européen peut-il faire de l’euro une véritable monnaie au service de l’économie, comme toutes les autres monnaies ? NON. Là encore, seul un nouveau traité entre Etats le peut.

- Le Parlement européen peut-il offrir un espace de débat démocratique dans lequel les peuples pourraient dire ce qu’ils veulent vraiment ? Peut-il nous protéger de la mondialisation par des mesures raisonnables de patriotisme économique et financier ? Peut-il empêcher la folle dérégulation bancaire ? Peut-il faire entendre une voix forte dans la négociation transatlantique pour protéger notre modèle de santé, notre agriculture et nos services publics ? La Commission tient les rênes de l’opacité, dérivant loin des peuples mais toujours très à l’écoute du Marché et des lobbies.

L’Europe est un enjeu trop important pour le laisser aux mains d’un Parlement sans pouvoirs et qui ne représente pas un peuple souverain. C’est aux gouvernements qui, eux, procèdent d’une majorité des suffrages qu’il appartient de négocier pour réorienter résolument la construction européenne.

L’Europe aujourd’hui n’est ni démocratique, puisqu’elle remet les décisions principales aux mains des technocrates, ni prospère puisque c’est la seule zone au monde qui garde l’œil rivé - tel un comptable - sur les déficits et non sur les leviers de croissance. 
Comment expliquer aux électeurs que la zone la plus riche du monde est aussi l’univers du renoncement ? Oui, décidément, cette élection est un coup pour rien.

Voir la réponse du M’PEP (16 mai 2014) sur http://www.m-pep.org/spip.php?article3767 à la prise de position de Raoul-Marc Jennar (Parti de Gauche).

Voir aussi sur le site Herodote.net ce que dit Emmanuel Todd à propos de l’évolution de l’Union européenne, qui justifie son intention de ne pas aller voter le 25 mai, pour la première fois de sa vie. Un choix raisonné et, de son point de vue, civique.

A l’opposé, Jacques Sapir développe (2 mai 2014) d’autres arguments (voir Le 25 mai…).

(…) Dans le cas des élections européennes, si un mouvement populaire de grande ampleur s’était manifesté pour refuser qu’elles soient organisées, et exprimant dans le même temps une volonté de sortir de l’Union européenne, cela aurait un sens d’appeler non pas à l’abstention mais au boycott de ces élections. Il faut alors dire qu’un boycott des élections est un acte grave, qui annonce des ruptures politiques importantes. Telle n’est pas, peut être pas encore, la situation en France (…).

Cet article est le 104ème paru sur le blog CiViQ et le 17ème dans la catégorie Europe Continent

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Publié dans Europe Continent

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