Energies renouvelables intermittentes : prudence de rigueur, selon SLC

Publié le par Michel Sorin

Le parc électrique français n’est pas favorable à la valorisation de leurs atouts

 

Dans le cas français, le développement des énergies renouvelables (EnR*) intermittentes (éolien, solaire, notamment) ne va pas de soi. C’est le sens des observations de l’association Sauvons le climat (SLC) **.

Gérard Pierre, l’un des responsables de Sauvons le climat, était présent à Saint-Berthevin (Mayenne) le 20 octobre 2006, en tant qu’intervenant lors de la rencontre CIVIQ organisée sur le thème de l’énergie. Voir Rencontre CIVIQ et, plus précisément, lExposé de Gérard Pierre sur les énergies - rencontre CIVIQ 26 10 06 St-Berthevin

Sauvons le climat a présenté sa vision de la transition énergétique. Voir blog CiViQ, 10 mai 2014 : Collectif Sauvons le climat : les principes de la transition énergétique.

La vision du gouvernement  a été précisée récemment. Voir Le Monde, 21 mai 2014 : Royal : « Je ne pense pas que nous pourrons sortir du nucléaire.

La ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, auditionnée mercredi 21 mai en fin de matinée par la commission d'enquête parlementaire sur les coûts de la filière nucléaire, Ségolène Royal s'est livrée à un vibrant plaidoyer en faveur de la transition énergétique et des énergies renouvelables, tout en écartant la perspective d'un abandon de l'atome. « Je ne pense pas que nous pourrons sortir du nucléaire », a déclaré la ministre de l'écologie et de l'énergie, rappelant que le développement de la filière électronucléaire avait été « un choix de l'Etat » (…).

« Un socle de production nucléaire à 50 % est un atout dans la transition énergétique qui s'engage », défend-elle. Mettant à l'actif de l'atome les bons résultats de la France en matière d'émissions de gaz à effet de serre – « 8 tonnes par an et habitant contre 12 tonnes en moyenne européenne » –, elle prend comme contre-modèle l'Allemagne, dont la décision de s'affranchir totalement du nucléaire l'a contrainte à relancer des centrales thermiques au charbon fortement émettrices de CO2.

Sauvons le climat, dans un communiqué de presse, le 23 mai 2014, a présenté des éléments de réflexion sur les externalités des énergies renouvelables intermittentes, à partir d’une étude Pierre Audigier à la veille de la publication d’un projet de loi sur la transition énergétique qui devrait donner « un nouvel élan au développement des énergies renouvelables » tout en limitant la hausse des factures d’électricité.

Une urgence : comment intégrer le coût des externalités des EnRs intermittentes ?

Les externalités négatives

-          Déstabilisation des marchés de l’électricité. Les prix observés sur le marché cessent d’être un « signal » indiquant une évolution de la marge du système et donc un besoin en investissement. Tout milite aujourd’hui en faveur d’une  aggravation du phénomène. 

-          Ce qui conduit à la détérioration de la courbe de charge des centrales classiques (thermique à flamme et nucléaire) et, partant, de leur bilan économique et pousse hors marché un nombre croissant de centrales à gaz [1], pourtant nécessaires en absence de vent et de soleil.

-          D’où la tendance de certains Etats  à intervenir directement pour maintenir la puissance garantie à un certain niveau de défaillance. C’est le « back up ». Et l’on voit se développer au niveau des Etats membres des schémas de paiements de capacité qui pourraient bien conduire à une sorte de renationalisation insidieuse des politiques nationales. 

-          Création de nouvelles contraintes pour l’ajustement en temps réel offre-demande.  L’intermittence introduit une dimension supplémentaire à la problématique dans la mesure où  elle accroit considérablement la variabilité de l’offre.

-          Renforcement des réseaux au-delà du simple raccordement des réseaux, en réponse à de nouveaux besoins de transport.

Cette logique qui se déroule sous nos yeux a bien sûr un coût, mais ce coût est difficile aujourd’hui à quantifier dans sa totalité. Il va très au-delà du coût direct, c'est-à-dire de celui de la portion de la CSPE [2] consacrée au soutien des renouvelables.

Aussi,  une autre façon d’aborder la question – indirecte celle-là - est de regarder ce qui se passe chez nos voisins allemands.

- Un prix de l’électricité vendue aux ménages allemands, au secteur tertiaire et aux entreprises (exception faite des énergivores exportateurs) qui est de l’ordre du double de celui payé par les ménages français.

- Un soutien aux EnRs en constante augmentation et qui aura atteint en 2013 quelque 24 milliards d’€ (contre 3,19 en France pour ces trois filières que sont l’éolien, le solaire et la biomasse).

- Une facture pour l’acheminement de nouveaux besoins de puissance (transport et distribution) de 74 milliards d’€ contre 41 en France (en 2012).

Les externalités positives

Elles dépendent, comme les précédentes, de la structure du système électrique. La structure du parc français n’est pas favorable à la valorisation des atouts des sources intermittentes. En effet :

-        Les EnRs et la décarbonation : en France, pays dont l’électricité est déjà largement décarbonée, l’apport des EnRs est nul.

-        Les EnRs et la sécurité d’approvisionnement. En France, le combustible majoritaire - l’Uranium - se stocke facilement ; il ne représente d’ailleurs qu’une fraction très faible du coût total de production.

-        Les EnRs et la balance des paiements. Celle-ci dépend de la balance commerciale spécifique au secteur, notamment des importations en équipements

-        Les EnRs et l’emploi. L’effet sur l’emploi nécessiterait des études approfondies. Il dépend de la balance entre emplois créés et emplois détruits. Il dépend également de l‘importance respective des importations et des exportations.

Conclusion : Il y a donc urgence à ce que cette question soit étudiée. En attendant, la plus grande prudence s’impose surtout si, comme le souhaite la Ministre  le développement des EnRs ne doit pas se faire aux dépens de la facture des ménages

Ces différents points sont développés dans l’étude consacrée à ce même thème que l’on trouvera sur le site de SLC (www.sauvonsleclimat.org) à l'adresse : http://www. sauvonsleclimat.org/une-urgence-comment-integrer-le-cout-des-externalites-des-enr-intermittentes-ergies/

[1] E.On vient d’annoncer la fermeture anticipée de la centrale nucléaire de Grafenrheinfeld (1345 MW) en Bavière. [2] Le montant total mis à la charge des consommateurs est plafonné par le gouvernement, la différence figurant dans les comptes de EDF dans un poste « créance ».  Les renouvelables bénéficient également à des titres divers d’avantages tels prêts à taux zéro, garanties etc qui sont autant d’aides d’Etat. 

* Une énergie renouvelable, ou EnR en abrégé, est une source d’énergie qui se constitue ou se reconstitue plus rapidement qu’elle n’est utilisée. Ainsi, l’énergie solaire est inépuisable à l’échelle des temps humains, de même que les énergies qui en dérivent : l’énergie éolienne, l’énergie hydraulique (cycle de l’eau), la biomasse produite par photosynthèse et une partie des énergies marines. Il en est de même pour l’énergie due à la gravité (énergie marémotrice) ou à la géodynamique interne (énergie géothermique). En revanche, des sources d’énergie dont le renouvellement est infiniment plus lent que leur consommation, comme le pétrole, ne sont pas renouvelables.

 ** Le collectif « Sauvons le Climat », association agréée fondée en 2005, regroupe plus de 30.000 membres, directement et à travers les associations partenaires.   Indépendant de tout groupe de pression ou parti politique, « Sauvons le Climat » a pour ambition d’informer nos concitoyens sur les problèmes relatifs au réchauffement climatique et sur les solutions proposées pour le limiter au moindre coût. Ses travaux prennent en compte les trois piliers - environnemental, économique et social - du développement durable. Ils sont réalisés sous le contrôle d’un Comité Scientifique composé de personnalités de haut rang, présidé par Michel Petit, ancien responsable du groupe français d’experts au GIEC.

Cet article est le 107ème paru sur le blog CiViQ et le 12ème dans la catégorie France

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Publié dans France

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