L'abstention, autre forme d'expression politique, doit être prise en compte

Publié le par Michel Sorin

Un phénomène plus important que la montée de l’extrême droite, selon une étude
Deux professeurs de science politique, Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, sont auteurs du livre « La Démocratie de l’abstention » (Gallimard, 2014). Ils s’expriment dans un article publié par Le Monde diplomatique paru en mai 2014. « Depuis quinze ans, l’élection du Parlement européen ne mobilise qu’une minorité d’électeurs. La montée de l’abstention est devenue un phénomène marquant de la vie démocratique française. On l’observe en particulier au sein de l’électorat traditionnel de la gauche, découragé par les politiques gouvernementales ». Voir Ce que s'abstenir veut dire.

 

Le Centre d'étude et d'action sociale de la Mayenne - Céas53 en a fait un résumé dans le bulletin CÉAS-point-com (n° 549 - 9 mai 2014). Voici ce texte.

L’abstention est « le » phénomène majeur des élections

Dans Le Monde diplomatique de mai 2014, Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, professeurs de science politique, respectivement à l’Institut d’études politiques de Saint-Germain-en-Laye et à l’université Montpellier-I, analysent cette « autre forme d’expression politique » qu’est l’abstention - phénomène bien plus marquant de la vie démocratique française, selon eux, que la montée de l’extrême droite.

Pour relativiser les analyses produites à chaud sur les succès du Front national (FN), les deux auteurs soulignent, de fait, que dans les 415 villes de plus de 10 000 habitants où il présentait une liste, le FN a obtenu un pourcentage des suffrages exprimés inférieur à celui de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012. Les deux auteurs effectuent une analyse similaire concernant la « vague bleue ». Par exemple, toujours dans les villes de plus de 10 000 habitants, les listes de droite ont mobilisé moins d’électeurs en 2014 qu’en 2008. Bref, si la droite s’est imposée en 2014, c’est d’abord grâce à la démobilisation encore plus massive des votants de gauche.

À l’exception de la présidentielle, observent Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, depuis plus de trente ans, l’abstention bat un nouveau record à chaque élection. Et, précisent-ils, « si l’on ajoute les personnes qui ne sont pas inscrites sur les listes (7 % de la population qui pourrait l’être), le non-vote avoisine les 50 % lors des scrutins européens, régionaux, cantonaux, et même législatifs et communaux ».

Cette crise de la participation, « fait majeur des élections en France », est plus marquée dans les communes urbaines, d’où, d’une façon générale, une minorité votante qui « n’est pas représentative, socialement et politiquement, du corps électoral dans son ensemble ». L’abstention modifie d’autant plus le résultat des élections.

L’abstention est marquée par des déterminants sociaux, constants dans le temps, ajoutent les deux auteurs. L’âge tout d’abord : ainsi, 41 % des 18-24 ans ont voté aux municipales de 2008, contre 80 % des 50-64 ans. La mobilité des jeunes générations peut constituer l’une des explications. En outre, les fonctionnaires, les indépendants et les employeurs, mais aussi les salariés en contrat à durée indéterminée… votent beaucoup plus que les étudiants, les intérimaires, les chômeurs et les salariés en contrat à durée déterminée.

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen montrent ensuite comment l’abstention est à la fois cause et conséquence de l’alternance politique. « Excepté en 2007, aucune majorité sortante n’a remporté les législatives depuis 1978. Plus largement, le camp du Premier ministre en exercice est toujours battu lors des élections intermédiaires »…

Source : Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, « Une autre forme d’expression politique - Ce que s’abstenir veut dire », Le Monde diplomatique n° 722 de mai 2014.

Cet article est le 95ème paru sur le blog CiViQ et le 8ème dans la catégorie France

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L'Assemblée nationale, le 7 décembre 2011

L'Assemblée nationale, le 7 décembre 2011

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