Attentisme, spectre de la déflation : l'économie française ne rassure pas
Rien de nouveau depuis juin 2014 pour l’économie française (voir, 26 juin, France : le chômage a augmenté en mai, la croissance ne décolle pas). La note de conjoncture d’octobre 2014, publiée par l’Insee, ne rassure pas. Alain Gély nous communique ce qu’il faut en retenir. Voir Insee - Analyse de la conjoncture et, plus précisément, La reprise différée
La note de conjoncture Insee d'octobre a été présentée à la presse ce matin. Cette note est intitulée « La reprise différée » (celle de juin avait pour titre « La croissance revient mais ne décolle pas »). S'agissant d'une note d'octobre, elle n'offre qu'une actualisation des prévisions précédentes, qui allaient jusqu'à la fin 2014 et n'inclut pas de dossier spécifique. Mais, nouveauté, elle est accompagnée d'un tableau de bord qui présente une quinzaine de « principaux indicateurs de conjoncture ». Ce tableau de bord ci-joint offre un recul d'au moins trois années et parfois de beaucoup plus (jusqu'à 1992 pour quelques séries comme le taux d'utilisation des capacités de production et le « climat des affaires »). Il sera actualisé chaque vendredi à 15H.
A noter que cette présentation, traditionnellement « plan-plan » en octobre, a donné lieu à une discussion plus intéressante et approfondie que d'habitude, notamment à propos de la divergence entre la croissance observée (0,4 % l'an depuis 2011) et la croissance potentielle qui se situerait aux alors de 1,5%.
Résumé de la note. Ambiance morose, attentiste. L'Insee est contraint de réviser à la baisse les prévisions de juin pour la fin de 2014, pour annoncer un rythme de croissance de 0,1 par trimestre et de 0,4% sur l'ensemble de l'année. « Les freins sont plus resserrés qu'il n'était anticipé ». La consommation stagne, et leurs achats de logement poursuivent leur chute (-7,4% par an, soit une contribution négative à la croissance de 0,4 point pour ce seul poste). Les exportations, tirées par un environnement international un peu plus porteur et moins pénalisées que précédemment en raison de la légère baisse de l'euro, croissent un peu plus vite ; mais elles se situent en retrait de la demande mondiale et ne progressent pas plus vite que les importations. Le spectre de la déflation se précise : l'inflation sous-jacente se rapproche encore de zéro. Le chômage est appelé à reprendre son ascension, en dépit des emplois aidés et malgré l'utilisation, plus forte que prévu, du CICE pour créer des emplois et augmenter quelques salaires. Dans ces conditions, le taux d'épargne, notamment par précaution face au chômage, continue d'augmenter (de manière heurtée, selon le calendrier fiscal) et la consommation augmente donc encore plus lentement que le pouvoir d'achat, lui-même en berne. L'investissement des entreprises continue de s'effriter, à la mesure des carnets de commande (une note de conjoncture précédente de l'Insee a établi qu'il ne jouait pas de rôle moteur mais qu'il suivait les évolutions de la consommation).
Au plan international, les « économies émergentes » n'ont plus guère de rôle moteur. Parmi les pays de l'OCDE, on assiste à un double découplage :
- d'une part entre les pays anglo-saxons, où la reprise est nette, et la zone euro considérée globalement ;
- d'autre part, au sein de la zone euro entre l'Allemagne et l'Espagne, qui croissent légèrement (mais en partant de très bas pour l'Espagne) et la France et l’Italie qui restent proches de zéro.
Les principaux aléas affectant cette prévision concernent :
- un attentisme encore aggravé, ce que semblent indiquer les enquêtes de conjoncture ;
- à l'inverse, une politique monétaire un peu plus active et une dépréciation de l'euro qui soutiendrait les exportations ;
- des tensions internationales accrues (Ukraine...) qui pèseraient sur les exportations ;
- ou, au contraire, un apaisement de ces tensions qui encouragerait l'investissement.
En réponse aux questions, les conjoncturistes de l'Insee ont dû s'employer pour tenter de remonter le moral des journalistes présents...
Voir aussi l’analyse de Jacques Sapir sur son blog, le 4 octobre 2014 : Austérité?
(…) L’impasse politique dans laquelle le gouvernement s’est lui-même enfermé, comme un grand et sans l’aide de personne, risque d’aboutir à relativement court terme à une explosion sociale et des ruptures politiques majeures. Les forces politiques qui auront le courage de sortir de l’Euro en tireront tout le bénéfice politique, tout comme ce fut le cas pour les forces politiques qui eurent le courage de liquider l’étalon-Or, et cela ne sera que justice.
Cet article est le 180ème paru sur le blog CiViQ et le 14ème dans la catégorie Economie Emploi