La Chine au programme de la 2ème conférence AFLEC 2014-2015 (1)
Il y a un an, commençait la série de dix conférences aflec sur l’Union européenne. Voir AFLEC St-Berthevin : conférences du professeur Barrieu sur l’Europe (16 octobre 2013) et AFLEC Saint-Berthevin (Mayenne) : formation sur l'Union européenne (23 décembre 2013).
Cette année, avec le même professeur d’économie, Philippe Barrieu, une cinquantaine de personnes se sont inscrites à la nouvelle série de conférences 2014-2015 sur le thème « La croissance, ailleurs », c’est-à-dire, en Russie, en Chine, en Asie de l’est, en Inde, au Brésil, aux USA, en Indonésie, en Pologne et en Europe de l’est, en Afrique, celle qui peine et celle qui décolle.
Le 15 octobre 2014, c’était la Chine (Conférence 2). Voir chine.pdf.
Avec ce plan :
Introduction : le grand basculement
I) Aux origines de l’éveil chinois
1 Les réformes de Deng Xiaoping
2 Le coût comparatif en main d’œuvre
3 La politique de formation
II) Les nouveaux défis pour la Chine
1 La problématique de la hausse des salaires
2 Une nouvelle politique de croissance
3 Le défi énergétique et environnemental
Conclusion : un juste retour des choses ?
Voici le texte (qui se trouve sur le site Internet) relatif à l’introduction et à la première partie.
Ce terme désigne la montée en puissance des pays émergents, naguère dominés, et la fin progressive, mais sans doute inéluctable de la domination économique occidentale. Ce grand basculement nous invite à nous interroger à la fois sur ses origines, ses limites, mais également ses conséquences pour nous. La Chine est l’exemple même de ce grand basculement :
- elle devrait doubler les Etats-Unis comme 1° puissance mondiale vers 2030 et elle devrait représenter presque le 1/4 du PIB mondial en 2050,
- ses exportations ont été x par plus de 14 en moins de 20 ans est elle est devenue depuis le début des années 2000 le 1° exportateur mondial de marchandises,
- sa croissance économique moyenne est de 10% par an, avec des « pointes » à 14%, en fonction de la conjoncture mondiale.
Il nous faut donc essayer de comprendre trois choses :
- d’où vient ce décollage de la Chine, qui est relativement unique dans l’histoire économique mondiale par son ampleur et sa rapidité.
- quels sont les défis qui attendent la Chine, si elle veut conserver ce rythme de croissance et confirmer son développement ? On remarquera ici que l’histoire n’est pas écrite, et que l’étape suivante du développement chinois n’a pas une certitude absolue de réussite.
- quelles sont pour les pays occidentaux (et donc pour la France) les contraintes et les opportunités que recèle ce développement chinois. C’est particulièrement important pour nous français qui avons une vision toujours très hexagonale de nos problèmes.
1 Les réformes de Deng Xiaoping
Petit rappel historique :
• Mao Tsé Toung meurt le 9 Septembre 1976. Deux factions se disputent alors le pouvoir :
- l’aile gauchisante du Parti communiste chinois (PCC) : la « bande des 4 » conduite par la veuve de Mao : Jiang King
- l’aile droite conduite par le « petit timonier » : Deng Xiaoping, ancien secrétaire général du PCC de 1956 à 1967, chassé par la Révolution culturelle.
• La bande des 4 est arrêtée, et en 1978 Deng prend définitivement le pouvoir politique : cela marque la victoire de la ligne réformiste. Globalement, Deng comprend que, pour sauver le pouvoir du PCC, il faut à tous prix réformer l’économie (Gorbatchev essaiera plus tard de faire l’inverse).
Les principales réformes :
- dès 1977 il libéralise l’agriculture : augmentation des prix des denrées achetées par l’Etat, autorisation des lopins privés, marché libre pour les surplus. La production agricole augmente de 30% en 10 ans.
- 1978 : autorisation des entreprises privées.
- 1979 : création de 4 zones économiques spéciales (ZES) avec fiscalité avantageuse et réglementation du travail « souple » pour attirer les capitaux étrangers.
- extension ensuite de ces ZES à 4 villes côtières (dont Shanghai, Shenzhen…) et extension de ce principe en 1984 à 14 autres zones. Remarque : dans ces zones, les entreprises étrangères peuvent produire, mais elles ne peuvent pas exporter : elles vendent leur production à des entreprises chinoises exportatrices.
- 1983 : liberté de fixer les salaires et de déterminer les investissements : recul progressif puis disparition de la notion de plan.
- 1989 : « crise politique » de Tienanmen : les libéraux du PCC (Zhao Ziyang) sont écartés du pouvoir mais cela ne remet pas en cause les réformes économiques.
- 1990 : dévaluation du Yuan qui est proclamé inconvertible
- 1992 : ouverture des bourses de Shanghai et Shenzhen
- 2001 : entrée de la Chine dans l’OMC
En l’espace de 20 ans, la Chine est donc passée d’une économie centralement planifiée où la propriété privée était interdite, à un système capitaliste relativement classique. Les entreprises occidentales ont, bien sûr, été attirées par les avantages fiscaux des ZES, mais aussi (et surtout) par l’avantage que confère la main-d’œuvre chinoise.
2 Le coût comparatif en main d’œuvre
Les entreprises occidentales sont donc attirées par les avantages fiscaux des ZES mais également par la main-d’œuvre chinoise qui possède à leurs yeux trois qualités :
- elle est très nombreuse, ce qui autorise des investissements massifs, source d’économies d’échelle, d’autant plus que la main d’œuvre peut se substituer au capital
- elle est disciplinée : rôle idéologique du PCC, nationalisme, rôle des syndicats et rôle de la tradition confucéenne qui offre une certaine éthique du travail et de la hiérarchie
- elle est très peu coûteuse, au moins au départ, et cela compense les coûts de transport.
Il faut néanmoins tenir compte d’une productivité relativement faible et évoquer, plus que le seul coût du travail, le coût du travail par unité produite : le coût unitaire du travail.
Quelques remarques sur la main-d’œuvre :
- elle est, certes, relativement exploitée, mais il faut tenir compte du coût de la vie en Chine : en moyenne, les chinois consacrent à peu près l’équivalent de 2 € par jour pour se nourrir.
- l’embauche dans les usines occidentales a souvent été perçue comme un moyen de progrès social et de nouveautés pour les chinois, surtout issus des campagnes, et en particulier pour les jeunes filles.
- des abus existent, en particulier le travail des enfants. Mais c’est relativement rare et, de plus en plus rare, car les autorités chinoises ne plaisantent absolument pas avec ce problème. En cas de non respect des règlementations chinoises en matière de droit au travail et de fiscalité, les entreprises occidentales sont immédiatement exclues de Chine et perdent la totalité de leurs investissements. Ceci n’empêche pas, néanmoins, les cas nombreux de corruption.
3 La politique de formation
Dés le départ, la Chine (ainsi que les autres pays d’Asie, nous le verrons dans la prochaine conférence) n’a pas souhaité se cantonner dans le seul rôle d’atelier du monde. Elle souhaite « monter en gamme » dans ses productions. Ceci suppose une politique active de formation de la main-d’œuvre. En moyenne, la Chine consacre 3.4% de son PIB à l’éducation (soit en 2011 pratiquement 250 milliards €) et surtout elle a concentré ses dépenses sur l’enseignement supérieur (différence avec la Corée du sud). Le nombre d’étudiants du supérieur en Chine « explose » littéralement ce qui va conférer à la Chine un avantage en matière de technologie indéniable, avantage qu’elle fera ensuite redescendre sur l’ensemble de la population.
Les grandes universités chinoises (Jiaotong à Shanghai, Beida à Pékin…) sont désormais parmi les meilleures du monde. La Chine n’a pas pour autant négligé son enseignement primaire et secondaire. En 10 ans (1985-1995), la Chine :
- a fait reculer le taux d’analphabétisme des jeunes et des adultes de 80% à moins de 5%
- a généralisé l’enseignement primaire (jusqu’à 9 ans) : 98.4% des jeunes sont scolarisés et dans l’enseignement secondaire (jusqu’à 15 ans) : 94.1%
- s’est fixé un nouvel objectif : aujourd’hui, l’enseignement secondaire entre 15 et 18 ans ne concerne que 43.8% des jeunes (92% en France). L’objectif est de parvenir dans les 10 ans à venir à atteindre 70%, chiffre qui correspond au taux d’un pays moyennement développé.
- s’est également donné comme objectif de développer l’enseignement professionnel pour répondre aux demandes en main-d’œuvre du développement économique.
Cet article est le 195ème paru sur le blog CiViQ et le 17ème, catégorie Monde