La crise de l'économie française en 2014 - 2ème partie (Jacques Sapir)
Réseau CiViQ considère que la priorité nationale est le redressement de l’économie. C’est la raison pour laquelle le nouveau cycle de Rencontres CiViQ à Saint-Berthevin commencera par la réflexion sur la mutation du capitalisme et les raisons de la récession économique. Voir Rencontre CiViQ à Saint-Berthevin le 1er décembre avec David Cayla
Nous alimentons, dès à présent, cette réflexion en prenant connaissance des travaux de Jacques Sapir concernant L'économie française en 2014, « Crise conjoncturelle et crise structurelle », publiés sur le site des « Econoclastes ».
Voir des extraits de la PREMIERE PARTIE : La crise de l'économie française, conjoncturelle et structurelle (J Sapir)
Les politiques mises en œuvre depuis 2011 portent une large responsabilité dans la situation actuelle, à la fois en raison de leurs effets, mais aussi en raison de problèmes qu’elles n’ont pas su, ou voulu, traiter.
De ce point de vue, on peut répertorier trois causes spécifiques : les effets des politiques d’austérité mises en œuvre depuis 2011 et poursuivies avec constance, une erreur fondamentale sur le mécanisme de l’investissement, et l’impact de la présence de la France dans la zone Euro.
(…) Une vision erronée du processus d’investissement. Une autre source d’erreurs provient de la vision qu’ont eue ces gouvernements du processus d’investissement. Ici encore, il faut noter l’influence néfaste de certains modèles économiques qui ont influencé les conseillers économiques des dirigeants politiques.
(…) Il faut maintenant regarder une cause plus profonde à la crise, et qui renvoie à un choix décisif fait par les élites françaises dans les années 1990, celui d’adhérer au projet de monnaie unique connu comme l’Euro. L’adhésion à l’Euro implique l’unicité de la politique monétaire, qui est désormais dévolue à la Banque Centrale Européenne.
Or, les conditions de la détermination de l’investissement finançable par rapport à l’investissement notionnel mettent ainsi en évidence le rôle déterminant du taux d’intérêt réel pour aboutir à une situation où l’investissement finançable sera égal à l’investissement notionnel. Ceci est un résultat cohérent avec ce que l’histoire économique de la France pour les années de l’après-guerre nous enseigne. Les périodes dans lesquelles le taux d’intérêt réel a été négatif, ou pratiquement proche de 0, ont été celles où la part de l’autofinancement dans le financement des investissements a été historiquement la plus élevée. De fait, dans le cas français, ce fut bien la situation qui a prédominé dans les années d’après-guerre. Mais, la politique conduite par la BCE induit un taux d’inflation tel que les taux réels sont aujourd’hui relativement élevés. Pire, cette politique impose, ou tend à imposer, un seul taux d’inflation alors que les structures économiques des différents pays peuvent exiger des taux différents.
Par ailleurs, le problème de la compétitivité générale de l’économie française se pose, comme en témoigne tant le déficit commercial que le rôle du commerce international dans la croissance. On peut d’ailleurs constater que les performances économiques de la France se sont détériorées depuis la mise en place de l’Euro. (…)Cette question de la compétitivité ne se limite pourtant pas à la seule économie française. L’impact du problème de la compétitivité se mesure par les élasticités-prix en volume, comparées pour différents pays.
(…)On constate donc que la crise que connaît aujourd’hui l’économie française n’est pas une crise conjoncturelle mais bien une crise structurelle, ou plus précisément une crise qui provient de la contradiction entre ses structures (y compris démographiques) et le cadre qui lui est imposé par la zone Euro. C’est ce cadre qui contraint d’adopter une politique économique inadéquate, rendant la situation économique toujours plus difficile. Cette crise est aujourd’hui en train d’atteindre un tournant, dans la mesure où le budget soumis au Parlement pour l’année 2015 pourrait être refusé par la Commission Européenne.
Même si le gouvernement français évitait des remontrances publiques pour 2015, ceci ne serait que partie remise. Cette aggravation conjoncturelle d’une crise structurelle montre l’existence d’un problème très sérieux de gouvernabilité de l’économie française.
Cet article est le 207ème paru sur le blog CiViQ et le 17ème, catégorie Economie Emploi
