Conférence AFLEC (Barrieu) : l'élargissement réussi à l'Europe de l'est
Nous sommes environ cinquante, qui participons régulièrement à Saint-Berthevin (Mayenne) aux conférences aflec 2014-2015 avec le professeur d’économie, Philippe Barrieu, sur le thème « La croissance, ailleurs », c’est-à-dire, en Russie, en Chine, en Asie de l’est, en Inde, au Brésil, aux USA, en Indonésie, en Pologne et en Europe de l’est, en Afrique, celle qui peine et celle qui décolle.
Vous pouvez consulter les résumés des exposés présentés par Philippe Barrieu lors des sept premières conférences, concernant La Russie, La Chine, L'Asie de l'est, L'Inde, le Brésil, les USA, l'Indonésie.
Le 4 février 2015, la 8ème conférence traitait de la Pologne et de l’Europe de l’est. Voir Conférences d'économie politique la Conférence 8. Avec ce plan :
Introduction* : le choix judicieux de 2004
I) L’UE au chevet de l’Europe de l’est
1 Une croissance soutenue
2 L’aide structurelle de l’UE
3 Des atouts propres aux pays
II) Les défis de l’Europe de l’est
1 Les standards de l’UE 15
2 Le défi monétaire
3 Un modèle social à consolider
Conclusion** : une leçon pour l’élargissement
Quand, en 2004, les 7 anciens pays de l’est (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Lituanie, Lettonie et Estonie) ont adhéré à l’UE 15, beaucoup ont pensé que cette adhésion était prématurée. Leurs structures sociales et productives étaient peu préparées à cet évènement, et la concurrence pour les pays de l’UE 15 paraissait trop rude et donc faussée. Au moment de l’adhésion de ces pays, le défi était double pour l’UE :
- aider ces pays à se doter d’une économie moderne et performante, en particulier au niveau des structures productives.
- faire progresser le niveau social de la population, en particulier le niveau de vie pour dissuader cette population d’émigrer massivement vers l’Europe de l’ouest et éviter de trop fortes distorsions de concurrence.
Mais un autre objectif est peu à peu apparu, et c’est celui-ci dont on doit aujourd’hui se réjouir : il s’agissait également de les soustraire à l’influence de l’encombrant voisin russe, en particulier pour la Pologne et les pays Baltes. Bien entendu, à l’époque, personne ne pensait qu’un jour la Russie retrouverait l’expansionnisme dont elle fait preuve aujourd’hui, même si Wladimir Poutine était déjà au pouvoir. Rétrospectivement, on peut imaginer ce qui se passerait si ces pays n’étaient pas membres de l’UE : querelles frontalières avec tous ses pays, présence d’une importante minorité russophone dans les pays baltes… tout nous conduirait à un risque de confrontation directe avec la Russie. Un contre exemple nous montre, hélas, combien il a été judicieux, à l’époque, et dans le scepticisme général (dont le mien) d’inclure ces pays dans l’espace européen : il s’agit de l’exemple ukrainien : que ce soit sur le plan économique ou humanitaire, l’Ukraine nous montre ce qu’aurait pu devenir l’Europe de l’est.
Au delà de l’avantage diplomatique, on ne peut pas nier que l’adhésion des ex pays de l’est leur a permis, sans doute avec des différences et des limites, d’améliorer leurs conditions productives et de s’approcher progressivement des standards de production et de consommation occidentaux.
** Conclusion : Une leçon pour l’élargissement
L’Europe de l’est a donc globalement profité de son entrée dans l’UE et elle a en partie refait son retard initial. L’avantage incontestable de cet élargissement accéléré se constate aujourd’hui : il évite à bien des pays un face à face dangereux avec le voisin russe. Cet élargissement était donc rétrospectivement une bonne chose.
Mais les conditions de l’élargissement doivent nous rappeler un point essentiel : l’UE est un espace relativement prospère avec des règles communes décidées par tous. L’élargissement ne peut donc vraiment se concevoir que pour des pays qui disposent (ou qui sont susceptibles de disposer) soit des mêmes règles de fonctionnement soit qui sont d’accord pour s’y plier. L’élargissement à des pays très éloignés, ou peu désireux de se plier à la règle commune, doit donc être pris avec prudence.
Cet article est le 260ème paru sur le blog CiViQ et le 36ème, catégorie Europe Continent