André Pflimlin avait annoncé la crise laitière, il a actualisé son diagnostic

Publié le par Michel Sorin

 

On subit les effets des choix stratégiques de la Commission européenne

 

 

André Pflimlin a publié en 2010 un livre « Europe laitière. Valoriser tous les territoires pour construire l'avenir (Ed. France Agricole). Voir (6 mars 2012) le plan de son livre.

Invité à intervenir à de nombreuses tribunes, lors de réunions agricoles, il avait annoncé une nouvelle crise laitière, après celle de 2009. Voir (17 septembre 2014) : André Pflimlin : une nouvelle grave crise laitière se prépare en Europe.

 

Dans une note du 13 juillet 2015, l'auteur a actualisé son analyse de la crise laitière, en soulignant les enjeux de cette crise et la responsabilité de la Commission européenne.

Voici l'introduction de ce texte (d'autres articles suivront), dont le titre est :

 

Le marché laitier mondial est un piège pour les éleveurs

et un pari fatal pour l’Union Européenne

 

Depuis quelques semaines on découvre qu’il y a trop de lait, non seulement sur le marché européen mais aussi sur le marché mondial ! Nous l’avions annoncé dès la rentrée de septembre 2014 mais le prix du lait était encore trop élevé pour que ce message soit entendu. La contrainte des quotas et le poids des pénalités en Europe du Nord puis une mini sécheresse en Nouvelle Zélande -très bien médiatisée- avaient permis de gommer cette première alerte.

 

Fin 2014, les frigos des laiteries étaient pleins à raz bord mais pour Bruxelles il n’y avait pas de stocks publics, pas d’intervention, donc pas de problème. C’est la Rabobank (le Crédit Agricole des Pays Bas) qui avait annoncé dès le printemps 2015 que le marché mondial laitier serait saturé jusqu’à l’automne, voire au-delà. Elle vient de le confirmer fin juin en reportant l’embellie probable à 2016.

En effet, en Nouvelle Zélande, les prix des poudres de lait qui stagnaient autour de 1800 à 2000€ la tonne depuis l’été 2014, ont chuté de 5 à 10% le 7 juillet dernier, correspondant à la 8ème baisse consécutive depuis fin mars, alors que la nouvelle campagne laitière vient juste de redémarrer.

Mais la production des principaux exportateurs ne s’est pas ralentie. Ni en Nouvelle Zélande malgré un prix du lait à la ferme à moins de 250€ la tonne depuis un an. Ni aux Etats Unis où le prix du lait a baissé nettement moins vite et moins fort et où la nouvelle loi sur la garantie de marge laitière vient de se mettre en place. Ni en Europe, malgré un prix du lait moyen autour de 300€ la tonne ces deniers mois, largement en dessous des coûts de production et masquant les situations les plus dramatiques.

 

Dans les Pays Baltes, particulièrement touchés par l’embargo russe, le prix du lait est inférieur à 200€ la tonne depuis des mois ; ce printemps il était même à 160 –170 €/t en Lituanie pour les éleveurs en coopérative de vente et à 100€ sur le marché libre.

Cette fois les conjoncturistes européens et français ne nient plus la crise. Le Parlement Européen s’en inquiète, les ministres de l’Agriculture aussi, mais l’Irlandais Phil Hogan, commissaire européen à l’Agriculture, continue à nier la crise. En espérant un miracle ou peut être une grande sécheresse pour éviter l’explosion à la rentrée de septembre? Plus sérieusement et malgré un discours plus policé que celui de Mariann Fisher Boel, le nouveau commissaire, après l’intermède Dacian Ciolos, s’inscrit parfaitement dans le choix « du tout marché» de la Commission, donc de la « guerre du lait interne et externe» annoncée dès 2009.

Pour comprendre les vrais enjeux de cette crise, pour ne pas se contenter d’une nième aide ponctuelle arrachée à Bruxelles, il faut prendre un peu de recul, revenir sur les choix stratégiques qui ont été faits il y a plus de 10 ans et dont on constate les effets aujourd’hui, quelques mois après la fin des quotas.

Cette note ne fait que résumer et actualiser le message principal de notre livre sur l’Europe laitière publié en 2010, suite à la grève du lait de 2009 et qui dénonçait la double impasse de la politique laitière européenne: le marché libéral et le modèle de production industrielle.

Les risques de cette dérégulation avaient déjà été dénoncés par de nombreuses instances européennes, mais toujours niés par la Commission. Aujourd’hui, c’est l’heure de vérité ; c’est aussi le moment d’expliquer ce qui se passe, pour proposer les vrais changements qui s’imposent.

 

Cet article est le 289ème paru sur le blog CiViQ et le 61ème, catégorie Agriculture Alimentation

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André Pflimlin le 15 janvier 2013 à Laval, lors de L'AG de la Confédération paysanne 53

André Pflimlin le 15 janvier 2013 à Laval, lors de L'AG de la Confédération paysanne 53

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