Politique laitière : A Pflimlin propose d'agir pour sécuriser les revenus
Remettre la priorité sur le marché européen et du pouvoir aux éleveurs
L’annonce invraisemblable d’un prix du lait à la ferme à 340 € minimum la tonne en France, dans un contexte d’aggravation de la crise laitière européenne et mondiale, nous invite à prendre un peu de recul et à mieux hiérarchiser les problèmes et les solutions. Et par conséquent à pointer la politique laitière européenne de la dernière décennie, orientée vers le grand export.
Sans attendre une nouvelle réforme de la PAC, pour mieux sécuriser et améliorer le revenu des éleveurs, il conviendrait d’agir simultanément aux trois niveaux :
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Au niveau européen c’est la combinaison d’une garantie de marge et d’un réajustement dynamique des volumes selon l’évolution du marché qu’il convient d’étudier rapidement pour une mise en œuvre au niveau de l’Union après test dans quelques pays.
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Au niveau français c’est la constitution d’OP (organisation de producteurs) horizontales, de bassin qui seule peut donner davantage de pouvoir de négociation aux producteurs et de privilégier le débat.
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Au niveau de la ferme, ces nouveaux outils devraient permettre une réorientation vers des systèmes de production plus autonomes, plus herbagers, refusant l’industrialisation et la course au volume, grâce à une meilleure valorisation du lait vers des produits régionaux et des services environnementaux, autrement dit vers les biens publics associés à ces modes de production mais encore trop peu rémunérés.
Il ne s’agit donc pas de se replier sur l’Hexagone ou sur l’Europe mais de remettre la priorité sur le marché européen, sur la meilleure valorisation des 85-90% du lait de notre marché interne permettant de préserver des campagnes vivantes et attractives pour plus de 500 millions de citoyens-consommateurs ayant un bon pouvoir d’achat avec des attentes correspondantes. Et pour la modeste part de l’export vers les pays tiers, il faudrait mieux définir nos cibles et nos produits, notamment avec nos voisins du sud de la Méditerranée. C’est aux politiques de redéfinir ce nouveau cadre stratégique pour préserver l’avenir des éleveurs et du secteur laitier en Europe. Car le mirage du grand export, responsable de la crise laitière actuelle, continue de fasciner, non seulement la Commission, mais aussi nos transformateurs et ceux qui les conseillent, comme en témoigne RLF (Revue laitière française) dans son numéro de l’été 2015 !
André Pflimlin : auteur de « Europe laitière, valoriser tous les territoires pour construire l’avenir » (Editions La France Agricole 2010), ancien ingénieur à l’Institut de l’élevage, expert Lait auprès du Comité des Régions à Bruxelles.
Cet article est le 305ème paru sur le blog CiViQ et le 75ème, catégorie Agriculture Alimentation
