L'avenir des filières d'élevage : Boris Gondouin consulté par les députés

Publié le par Michel Sorin

 

Table ronde organisée par la Mission d'information : résumé des discussions

 

L'association des producteurs de lait indépendants (APLI), présidée par Boris Gondouin, était représentée à la table ronde organisée dans un bureau de l'Assemblée nationale le 4 novembre 2015 par les responsables de la Mission d'information sur l'avenir des filières d'élevage (président : Damien Abad, député LR de l'Ain ; co-rapporteurs : Annick Le Loch, députée PS du Finistère et Thierry Benoit, député UDI d'Ille-et-Vilaine).

Voir la composition de la Mission : Avenir des filières d'élevage - Assemblée nationale

A noter, par ailleurs, ce rapport du Sénat : L'avenir de l'élevage : enjeu territorial, enjeu économique

Le compte rendu de cette réunion a été fait par Boris Gondouin aux adhérents de son organisation. Voir Mission d'information sur l'avenir des filières d'élevage

La parole a circulé de façon très libre et sans tabou; les élus ont posé des questions en prise avec la réalité concrète du terrain, déjà conscients des problèmes graves que traverse l’ensemble de la filière.

Chacun a eu le temps de parole nécessaire pour marquer ses positions et argumenter ses analyses.

L’APLI, la Confédération Paysanne, la Coordination Rurale, l’OPL ont défendu des positions convergentes sur la nécessaire régulation du marché européen, les lacunes et l’échec de la « contractualisation ».

Ces organisations ont défendu en commun une agriculture paysanne en rupture assumée avec les dogmes de la « sur-industralisation » agricole, s’appuyant sur une agriculture familiale respectueuse du tissu rural tant dans sa dimension humaine qu’environnementale. Elles ont fait part de leur commun souci de préserver la qualité et la spécificité de l’espace rural français dans sa diversité et sa richesse, considérant que c’est un bien commun à tous les citoyens.

Ces mêmes organisations ont opposé un front commun de refus total face aux négociations en cours sur le TTIP ou TAFTA dont les dangers potentiels sur une filière déjà fragilisée sont évidents. Le marché européen est actuellement tellement volatil, pour ne pas dire chaotique que son ouverture et son élargissement seraient un non sens suicidaire.

Le problème, central, de la contractualisation et des rapports de force très défavorables qu’elle institue face au éleveurs a été débattu. Les impasses auxquelles elle conduit ont été constatés et soulignés par nombre de participants. Les fameux contrats « sans prix » ont fort étonné les élus qui ne comprennent pas comment on peut acheter un produit sans, au préalable, définir ce même prix d’achat ! La FNPL s’est embrouillée face à cette lacune, et ce vice de forme incroyables, dans des explications confuses faisant apparaître le manque de temps et d’autres explications du même genre tellement nébuleuses qu’elles en étaient inintelligibles. Bref la FNPL se défile ou se débine, comme d’habitude derrière de faux semblants. Lactalis a souligné que ce type de contrat (qui lui octroie, de fait, tout pouvoir sur l’éleveur laitier) lui convenait parfaitement !

Le problème de l’effondrement des prix du lait et des perspectives fortement « baissières » pour l’année 2016 a été appréhendé de façon diamétralement opposé et a suscité deux réponses contradictoires selon des points de vue irréconciliables :

- Certains espèrent que des aléas climatiques, des problèmes d’instabilité politique ou économique (ou autres…) sur les marchés extra européens permettront de résorber les surplus de productions du marché de l’UE. Ils spéculent sur le malheur d’autres agriculteurs comme solution à la crise des surplus. On croît rêver ! On a peine à imaginer qu’un argumentaire aussi indigent, souhaitant le malheur de confrères éloignés (territorialement) pour améliorer notre propre situation puisse être tenu dans une telle enceinte par des représentants agricoles ! C’est pourtant ce qui s’est passé !

- Face aux très mauvaises perspectives du marché du lait, L’APLI NATIONALE, la CONFEDERATION PAYSANNE, la COORDINATION RURALE, L’OPL, ont souligné que, depuis plus d’un an et demi, un programme de responsabilisation-régulation des marché (PRM) avait été élaboré et proposé par l’EMB (European Milk Board, regroupant plus de 100 000 éleveurs de toute l’Europe) à la Commission européenne, après avoir reçu un accueil favorable du Comité des Régions, organe, hélas, seulement consultatif. J’ai largement distribué à la ronde ce Programme de Responsabilisation face au Marché (PRM) afin que chacun puisse en prendre connaissance et l’étudier.

 Pour nous, la régulation du marché laitier européen par le PRM * est la seule solution viable et pérenne pour sortir de cette interminable crise déclenchée par des décisions inadaptées et fausses qui conduisent tous les éleveurs d’Europe droit dans le mur.

 Nous avons rappelé que, pour nous, il n’y avait nulle solution durable dans les baisses de cotisations, exonérations de « charges » ou reports d’échéance et autres colmatages éphémères, mais seulement dans la construction d’un prix d’achat du lait à l’éleveur, stable et rémunérateur.  Nous ne voulons ni subvention ni exonération mais vivre dignement du fruit de notre labeur payé à son juste prix.

Pour essayer de tirer un bilan, on peut considérer que cette table ronde a été un événement vraiment positif, où avec ses partenaires et alliés, l’APLI NATIONALE a pu faire entendre sa voix de façon forte et longuement. Aussi, doit-on voir dans cette réunion un réelle avancée pour les élus dans la compréhension de la crise de l’élevage et de sa solution. Des députés ont demandé pourquoi l’APLI NATIONALE n’était plus invitée à ses séances de concertation sur la crise de l’élevage et ils ont émis le vœu que désormais celle-ci soit systématiquement invitée à toutes les réunions de ce type.

Grâce à l’effort de tous, et surtout aux vôtres, fidèles et persévérants « Aplistes », nous sommes en droit d’espérer que notre lutte aboutira à une redistribution plus équitable de la plus-value dans la filière laitière donc à un prix d’achat de nos produits à un niveau réellement rémunérateur, nous permettant de vivre dignement du fruit de notre labeur. Ce combat, pour dur et long qu’il paraisse, nous le gagnerons ! Merci à tous et à chacun d’entre vous pour votre courage et votre fidélité.

* Voir (10 novembre) : Producteurs de lait européens : EMB et APLI en action le 12 novembre

Cet article est le 325ème paru sur le blog CiViQ et le 87ème, catégorie Agriculture Alimentation

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