Les producteurs de lait Apli et EMB fustigent le libéralisme européen
Ils proposent un dispositif qui atténue les déséquilibres du marché laitier
On n'a pas fini de parler de la crise laitière. Tel est le constat des responsables de l'association des producteurs de lait indépendants (Apli), présidée par Boris Gondouin, éleveur laitier dans la Meuse. Ils l'ont dit à la presse le 12 novembre 2015 à Paris, à l'issue de leur Conseil d'administration et en présence du leader belge, Erwin Schöples, porte-parole de l'organisation EMB (European Milk Board) au niveau européen.
Voici le compte rendu qu'en a fait La France Agricole, le 13 novembre sous le titre « Pour l'Apli, la guerre n'est pas finie ». Voir la REVUE DE PRESSE DU SAMEDI 14 NOVEMBRE 2015 de l'Apli.
A l'issue de son conseil d'administration, l'Association des producteurs de lait indépendants (Apli) a réaffirmé son « opposition à la politique laitière actuelle, ultra-libérale, qui affirme qu'il faut laisser faire le marché, qui encourage les exportations dans un marché déprimé et donc la production d'excédents ». Et ce, alors que « la pression sur les producteurs laitiers s'est accrue ». « La trésorerie n'est plus là et le moral est en train de partir. Il y a des drames qui se déroulent dans les campagnes. Attention aux réactions de gens qui n'ont plus rien à perdre », avertissent les membres du conseil d'administration de l'Apli. Les représentants sont désabusés, face à l'absence de réaction de la puissance publique.
A l'Apli comme à l'EMB (European milk board), on ne voit pas d'ouverture du côté de l'UE. « Le commissaire Phil Hogan s'en fiche carrément de la crise de l'élevage, proteste Erwin Schöpges, représentant belge de l'EMB, invité au CA de l'Apli. Donc, est-ce encore un bon commissaire pour l'agriculture ? Junker doit prendre ses responsabilités et changer de commissaire. Mais aujourd'hui, l'UE fait une politique pour les multinationales. »
Face à l'indifférence des politiques européens, les syndicats et associations des différents pays membres de l'EMB (dont fait partie l'Apli) appelaient donc à des actions dans leurs pays le 12 novembre, afin d'interpeller les décideurs politiques nationaux avant le conseil agricole du 17 novembre. Devaient y participer l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France. « Si le Parlement européen ne nous écoute pas, nous devons mettre la pression sur les parlements nationaux. Nos décideurs politiques sont responsables, on essaie de les convaincre » qu'une régulation est nécessaire, souligne le président de l'Apli, Boris Gondouin. C'est un combat de longue haleine. »
L'Apli appelle, aux côtés de l'EMB, à des mesures structurelles, et réitère la proposition du syndicat européen d'un « programme de responsabilisation-régulation des marchés (PRM).
Ce PRM est destiné à atténuer les déséquilibres du marché. Il consiste à calculer un indice de marché retraçant l'évolution des cours des produits, des prix du lait et des coûts de production (en fixant un coût de production autour de 320-340 €/1000 l avant rémunération), puis de surveiller son évolution à partir d'une base 100 :
- indice supérieur à 100 points : les prix à la production couvrent les coûts de production, aucune intervention n'est nécessaire ;
- indice inférieur à 100 points : les coûts de productions ne sont plus couverts, il faut activer le PRM selon trois niveaux d'alerte :
- chute de 7,5 % : stockage privé autorisé ; mesures incitatives encourageant d'autres usages pour le lait (destiné aux veaux d'élevage, à l'engraissement de génisses...);
- chute de 15 % : la crise est constatée. Une prime est versée aux producteurs qui réduisent volontairement leur production d'au moins 5 % et un prélèvement est encaissé auprès des élevages en dépassement de référence ;
- chute de 25 % : réduction obligatoire des livraisons de 2-3 % pour tous, pendant une période définie.
- Voir aussi (communiqué EMB) : Votre politique ruine les producteurs
Pourquoi les producteurs de lait descendent-ils dans la rue ? La crise du secteur du lait est d'une actualité brûlante et représente une menace directe pour de nombreuses exploitations en Europe. « Cependant, le monde politique ne produit que du vent ! », déclare Kjartan Poulsen, président du LDM, l'association des producteurs de lait danois. « Il faut pourtant adopter maintenant les bonnes solutions afin de préserver durablement la production de lait dans l'EU. Dans quelques années, il sera déjà trop tard pour de nombreux producteurs de lait ! »
« Nous appelons les ministres de l'agriculture à débattre du Programme de responsabilisation face au marché (PRM) de l'European Milk Board lors de leur réunion de la semaine prochaine, » déclare Sieta van Keimpema, présidente du Dutch Dairymen Board et vice-présidente de l'EMB. « Des prix du lait couvrant les coûts et un instrument flexible de règlement de crise sont les bases d'un secteur laitier durable dans l'UE ! »
« Quand le prix du lait passe en-dessous des coûts de production, nous avons besoin de la possibilité d'une renonciation volontaire aux livraisons, comme celle prévue dans le PRM, » affirme Roberto Cavaliere, président de l'APL (Italie). « Tant que nous continuerons à produire autant en temps de crise, le prix du lait ne pourra pas se stabiliser. Les chaînes de la grande distribution font la loi et ne paient plus pour notre lait que des prix indécemment bas. En Italie, nous avons attiré l'attention sur cela aujourd'hui avec une grande manifestation de tracteurs devant les supermarchés. »
Toutes ces actions portaient un message clair : les bas prix du lait des derniers mois ne sont pas des fluctuations temporaires du marché qu'une entreprise en bonne santé devrait être capable d'amortir. Les prix au producteur sont actuellement inférieurs de 10 à 20 centimes aux coûts de production dans la plupart des pays de l'UE (25 centimes/litre en Irlande et dans le nord de l'Allemagne et 19 centimes/litre seulement en Lituanie). Ces prix sont la conséquence d'une politique à court terme, visant uniquement à obtenir des matières premières bon marché à exporter, au lieu de miser sur des solutions durables.
- Rappel (articles publiés les 10 et 11 novembre sur le blog de Réseau CiViQ :
- Producteurs de lait européens : EMB et APLI en action le 12 novembre
- L'avenir des filières d'élevage : Boris Gondouin consulté par les députés
Cet article est le 326ème paru sur le blog CiViQ et le 88ème, catégorie Agriculture Alimentation
