Conférence sur le climat : Gérard Le Puill veut changer l'agriculture
La politique agricole européenne va à l'encontre de ce qu'il faudrait
Le Monde Diplomatique, en décembre 2015, a publié un texte de Gérard Le Puill **en faveur d'un modèle agricole fondé sur l'agroécologie dans le but de sauver le climat. En introduction, le lien était ainsi fait avec la Conférence* de Paris (COP 21).
Dans le cadre de la conférence de Paris sur le climat, l’Union européenne réfléchira-t-elle à son modèle agricole, qui accompagne plus que jamais la mondialisation libérale ? En développant l’agroécologie, une idée neuve, la France pourrait réduire considérablement son empreinte carbone tout en produisant des aliments de qualité en quantité suffisante.
* La 21ème Conférence de l'ONU pour lutter contre les changements climatiques (COP21) s'est tenue à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015.
Elle s’est refermée sur la signature d’un accord historique, le premier accord juridiquement contraignant et universel sur le climat. Signé par 195 Etats et l'Union européenne, l'Accord de Paris souligne le caractère spécifique de l’agriculture dès le préambule. Il reconnaît la nécessité que les efforts entrepris pour atténuer et s’adapter au changement climatique ne menacent ni la sécurité alimentaire ni la production agricole. Cette reconnaissance apporte une légitimité supplémentaire à l’initiative « 4 pour mille », qui vise à l’augmentation du taux de carbone stocké dans les sols agricoles et qui a été lancée officiellement le 1er décembre dans le cadre du plan d’action Lima-Paris (LPAA). Site du ministère de l'agriculture
** Né en 1941 en Bretagne, Gérard Le Puill a été successivement aide familial agricole sur la ferme de ses parents, puis ouvrier d'usine en région parisienne avant de débuter dans le journalisme en 1983 en charge des dossiers agricoles à L'Humanité. Désormais retraité, il collabore à plusieurs publications dont L'Humanité, L'Humanité Dimanche, l'hebdomadaire agricole et rural La Terre ainsi que Vie Nouvelle le magazine bimestriel de l'Union confédérale des retraités CGT. Gérard Le Puill fut le lauréat du Grand prix du journalisme agricole en 1998.
Voici le début de l'article paru dans Le Monde Diplomatique, en décembre 2015.
L'agriculture contribue bien davantage au réchauffement climatique qu’on ne l’imagine généralement. A l’échelle mondiale, on estime à 14 % la part de la production agricole dans les émissions de gaz à effet de serre (GES). En France, cette proportion aurait atteint 21 % en 2012. Le secteur agricole français disposerait d’un immense potentiel de réduction des GES s’il sortait de son sillon pour explorer d’autres voies.
En 2014, le ministre de l’agriculture a fait voter une « loi d’avenir » dont le but affiché était de promouvoir l’agroécologie, laquelle doit favoriser des pratiques vertueuses permettant de réduire les intrants chimiques et la consommation d’énergies fossiles.
Mais cela implique de profonds changements d’approche, qui, pour le moment, ne sont mis en œuvre que par une petite minorité de paysans et oubliés dans les solutions de crise. Cela suppose aussi de rompre avec la logique du libre-échange et du productivisme.
Quelques exemples permettent d’éviter d’en rester aux incantations. Ainsi, la technique des semis sans labour et sous couverts végétaux permet à la fois d’économiser du carburant, de limiter la libération de carbone et d’enrichir le sol en matière organique issue des végétaux broyés au moment d’implanter une nouvelle culture. Mais, jusqu’à présent, cette pratique progresse seulement lorsque le prix du pétrole est haut et celui des céréales en baisse ; deux phénomènes qui se produisent rarement en même temps.
Dans les élevages d’herbivores ruminants producteurs de lait et de viande, les meilleurs résultats économiques s’obtiennent dans les fermes qui optimisent l’autonomie fourragère en semant des mélanges appropriés de graminées et de légumineuses. Les travaux du Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome (Cedapa), fondé en 1982 par un groupe d’éleveurs bretons, dont M. André Pochon, confirmés depuis par ceux de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), l’ont démontré. Dans les prairies temporaires, ces mélanges peuvent être constitués de plusieurs variétés de trèfle avec un peu de luzerne, à laquelle s’ajouteront trois ou quatre espèces de graminées comme le ray-grass, la fétuque et le dactyle. La prairie n’a dès lors pas besoin d’engrais azotés, puisque les légumineuses captent l’azote contenu dans l’air par leur système racinaire afin de s’en nourrir, ce qui profite aussi aux graminées qui leur sont associées. Ce système très écologique fonctionne également pour produire du grain si l’on associe au blé, à l’orge et au triticale des graines de pois protéagineux, de féverole, de soja ou de lupin, en fonction de la qualité des sols (...).
Cet article est le 335ème paru sur le blog CiViQ et le 93ème, catégorie Agriculture Alimentation
