Les producteurs de lait européens confrontés à des prix très insuffisants

Publié le par Michel Sorin

 

Le commissaire européen refuse d'intervenir, en vertu des principes libéraux

 

Le désarroi est profond au sein de la profession agricole spécialisée dans la production laitière. De nombreux éleveurs décident d'arrêter car les prix ne couvrent pas leurs coûts de production. Le marché du lait n'est plus régulé depuis la suppression des quotas laitiers en mars 2015. La demande en produits laitiers est en baisse alors que la production n'est pas maîtrisée. Que fait la Commission européenne ? Rien. C'est désespérant.

 

Les producteurs rassemblés dans l'organisation EMB (European Milk Board) exigent la démission du commissaire européen à l'Agriculture (24 novembre 2015).

L'alliance syndicale européenne European Milk Board (EMB), qui regroupe des producteurs de lait de 15 pays, dont la Belgique, a demandé dans une lettre ouverte publiée mardi la démission du commissaire chargé de l'Agriculture, incapable selon eux de résoudre la crise du secteur. 

"Phil Hogan n'a pas de solution et ne veut pas de solution", accuse l'EMB, qui représente 100.000 producteurs, dans une lettre adressée au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. "Monsieur le président, démettez de ses fonctions ce commissaire incapable", poursuivent-ils.

Crise non résolue
Selon l'EMB, qui milite en faveur d'un outil de gestion de crise portant sur une réduction volontaire des volumes, la crise que traverse le secteur laitier depuis plusieurs mois n'est pas résolue, contrairement aux récentes déclarations du commissaire Hogan.
Lors du dernier conseil des ministres de l'Agriculture des 28 le 16 novembre, les dirigeants européens avaient assuré que le marché du lait "se stabilisait", un peu plus de deux mois après une réunion extraordinaire lors de laquelle le conseil avait adopté des mesures d'aide exceptionnelles notamment pour les produits laitiers.

Des coûts de production trop élevés
"Depuis des mois, dans de nombreux pays, le prix du lait payé aux producteurs ne se situe plus qu'entre 25 et 30 centimes par kilo, tandis qu'il est avéré que les coûts de production s'élèvent à au moins 40 centimes. Les premières exploitations ont déjà déposé le bilan", déplorent les producteurs de lait.

 

Dans son bulletin de décembre 2015, le responsable belge de EMB, Erwin Schöpges (MIG), adresse ce message à ses amis producteurs :

 

Chers amis producteurs et productrices de lait, chers sympathisants,

Une année difficile touche à sa fin pour nous, producteurs de lait : une nouvelle année de crise plombée par des prix du lait inquiétants, un nouveau Commissaire à l’Agriculture minimisant les problèmes des producteurs et de trop nombreux éleveurs contraints de mettre la clé sous la porte !

Depuis l’abolition des quotas laitiers à la fin du mois de mars, nous sommes aux prises avec les effets d’un marché du lait devenu incontrôlable. Les prix du lait s’enlisent, depuis des mois, au plus bas et aucune éclaircie ne se dessine à l’horizon.

Le marché se noie sous les excédents laitiers ! Comme il fallait s’y attendre, les éleveurs laitiers dans de nombreux pays de l’UE ont considérablement augmenté leur production une fois les quotas levés. Tant que la production sera forcée à un tel rythme en temps de crise, le cours du lait ne pourra être stabilisé. Un fossé sépare l’offre de la demande. Selon les prévisions, la demande de lait en Europe continuera à décliner dans les prochaines années. Pour 2015, le déclin est estimé à 1%.

L’année 2015 nous laisse également un goût amer parce que les élus n’ont pas levé le petit doigt et ne font nullement mine de vouloir prendre des mesures structurelles. A ce jour, la Commission européenne n’est pas parvenue à trouver des solutions pérennes pour une sortie de crise. Le Commissaire à l’Agriculture Phi Hogan ne perçoit aucun besoin d’intervenir, voire donne la priorité aux nouveaux marchés à l’exportation et aux des aides financières à court terme. Parmi les ministres de l’agriculture au niveau national, seules quelques voix discordantes exigent des mesures structurelles.

Force est de constater, en passant en revue les 12 derniers mois, que nous avons mené de nombreuses actions fortes cette année. Notre mobilisation fut observée avec intérêts par nos compagnons de lutte, le camp adverse et la presse internationale. L’EMB s’est hissé à la une des journaux ! Dernièrement, le 12 novembre, une journée d’action européenne ponctuée de protestations éloquentes fut organisée dans les pays. La revendication concrète portée lors de ces manifestations fut la mise en œuvre tant attendue du programme de responsabilisation face au marché (PRM) élaboré par le European Milk Board. Un panorama des actions menées dans les divers pays est présenté dans ce bulletin d’information.

En dépit de la crise persistante, les producteurs de lait belges ont aussi vécu quelques embellies en 2015. La coopérative Faircoop, fondée il y a cinq ans pour offrir aux agriculteurs un juste prix pour leur lait, ouvre son capital social aux consommateurs et aux citoyens. Le fonctionnement de ce mécanisme baptisé « COWfunding » vous est expliqué dans la présente édition.

Je m’interroge toutefois sur ce que 2016 réservera aux producteurs de lait européens. Si nous voulons poursuivre notre activité de production l’année prochaine et obtenir un juste prix pour notre lait, nous devons nous engager fermement en faveur d’une politique laitière durable. Que sont nos membres prêts à faire pour une telle politique en 2016 ?

Pour sa part, l'Association des producteurs de lait indépendants (APLI Nationale) organise son Assemblée Générale mardi 15 décembre 2015 à 10 h à Cherré (Maine-et-Loire).

Cet article est le 330ème paru sur le blog CiViQ et le 89ème, catégorie Agriculture Alimentation

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Les éleveurs laitiers de l'Apli et de EMB sont noyés dans l'excès de production.

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