Réorienter l'agriculture et la PAC vers la production de légumineuses

Publié le par Michel Sorin

 

Il suffit de la volonté politique des européens de décider selon leurs intérêts

 

Le 11 mars 2017, était publié sur ce blog un article intitulé

Le retour du volontarisme en agriculture est possible en 2017.
 

Du même auteur, Lucien Bourgeois, dans la même revue A Vrai Lire – AgirAgri, voici un texte extrait de la Lettre n° 6 (mars-avril 2017) :

 

Les légumineuses sacrifiées par la PAC

 

Tout aurait dû les favoriser ! La production de légumineuses comme la luzerne permet d’économiser les engrais azotés et aurait permis d’améliorer la sécurité alimentaire de l’Europe en diminuant les importations de soja.

 

Cerise sur le gâteau, la consommation de légumineuses est une alternative intéressante pour l’alimentation humaine. Les nutritionnistes ne peuvent que conseiller les lentilles et autres légumes secs tous plus originaux les uns que les autres pour varier les recettes et pour diminuer l’utilisation de la viande. La séance du 22 février 2017 de l’Académie (d’Agriculture)* a permis de faire le point sur la situation de ce secteur.

 

Et pourtant, il faut bien reconnaître un échec patent en Europe sur ce domaine. Les légumineuses sont aux abonnés absents avec moins de 0,3% de la valeur des productions.

- En France, ces productions représentent moins de 2% des surfaces en grandes cultures !

- Dans les 25 dernières années, en Amérique du Nord, la production croît de 7,7% par an (soit un doublement tous les 9 ans !) alors qu’elle régresse de 3,4% par an en Europe.

 

Comment expliquer pareille contre-performance ? Grosso modo, par les choix stratégiques de la PAC adoptée au début des années 1960. Les pays européens ont choisi de privilégier les céréales évidemment symboliques pour l’alimentation humaine au détriment des protéagineux utilisés pour la production animale et disponibles en abondance aux États-Unis.

 

Les Chinois ont fait le même choix dans la période actuelle et importent 87 Mt de soja alors que leurs importations de céréales vont tomber à 14 Mt seulement pour la dernière campagne.

Mais ce n’est pas parce que les Chinois importent 6 fois plus de soja que l’Europe qu’il faut considérer cela comme une fatalité et accepter une dépendance alimentaire en ce domaine.

 

En 25 ans, le Canada a su décupler sa production et devenir après l’Inde le deuxième producteur mondial de légumineuses. Cela suppose une volonté politique, un effort de recherche et de développement. Après la COP 21, l’UE devrait réduire sa dépendance en protéines. Les États-Unis ont su les premiers développer leur production à partir du soja que l’Europe et la Chine exportent en grande quantité. Rien n’empêche l’Europe d’adopter la stratégie de Jacob dans la Bible et

d’échanger ce droit d’aînesse des États-Unis contre un plat de lentilles ! Les amateurs de bonne cuisine savent bien tous les délices que l’on peut en tirer. Par ailleurs, la luzerne et le sainfoin permettraient à l’Europe de dépendre moins des importations pour ses aliments du bétail.

 

* Voir (Académie d’Agriculture de France, 22 février 2017) : Les enjeux économiques et politiques des légumineuses

L’académie d’Agriculture de France a participé activement en 2016 à l’organisation et à l’animation de plusieurs manifestations dans le cadre de l’année internationale des légumineuses de l’Organisation des Nations Unies.
La séance du 22 février 2017, qui vient clore cette série d’évènements, portera sur les enjeux économiques et politiques des légumineuses.
Dans l’introduction, Bernard BOURGET rappellera l’importance des légumineuses dans l’alimentation humaine au niveau mondial et la place très réduite des cultures de légumineuses, principalement fourragères, en Europe et en France depuis la mise en place de la PAC.
Dans la première intervention**, Hervé DURAND mettra l’accent sur la nouvelle place accordée aux légumineuses dans la réforme de la PAC de 2013 dans le cadre du verdissement, avec notamment la reconnaissance de leurs cultures dans les surfaces d’intérêt écologique. Il présentera le plan 2014-2020 pour les protéines végétales en France et les premiers résultats de l’application de ce plan et de l’introduction des légumineuses dans les surfaces d’intérêt écologique.
Dans la seconde intervention, Alban THOMAS analysera les obstacles au développement des légumineuses en France par rapport à d’autres cultures, qui relèvent d’un processus qualifié par les économistes de « verrouillage technologique ». Puis il indiquera les conditions et les moyens permettant de les surmonter, ainsi que les perspectives offertes aux légumineuses dans notre pays.
La troisième intervention sera le témoignage de Marie-Françoise BRIZARD-PASQUET, qui présentera les atouts et les handicaps des légumineuses dans l’élevage à partir de son expérience d’agricultrice en Mayenne***.
Les conclusions de la séance seront tirées par Christian HUYGHE qui est un grand connaisseur des légumineuses et a coordonné, avec Anne SCHNEIDER, la réalisation d’un ouvrage de référence intitulé « les légumineuses pour des systèmes agricoles et alimentaires durables ».

 

** Voir Séance Académie de l'Agriculture 22 février 2017 Intervention de Hervé Durand

*** Voir Marie-Françoise BRIZARD-PASQUET

 

A noter, par ailleurs, un extrait de l’intervention de Michel Sorin lors de la Table ronde organisée le 9 juin 2008 à Paris par la Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement. Voir Quelle politique agricole, au défi de la crise alimentaire mondiale ?.

(…) « L’Europe est importatrice (à l’excès) de protéines végétales pour compléter les rations animales basées sur les céréales et le maïs. Il serait tout à fait possible de réduire considérablement les importations de soja en développant les cultures de luzerne et de colza, dont la complémentarité est efficace.
Pour produire une tonne de protéines, il faut environ un demi hectare de luzerne (il en faut un hectare avec le soja). Pour nourrir ses animaux, l’Europe importe du soja, dont la production a mobilisé quinze millions d’hectares !
Avec le système luzerne-colza, l’Europe réduirait, non seulement sa dépendance en protéines, mais aussi les émissions de gaz à effet de serre, au niveau mondial, en permettant, en outre, de nourrir davantage de personnes.
Cette solution aurait, de plus, le mérite d’abaisser notre dépendance au soja OGM, dont les firmes multinationales se servent pour imposer les OGM aux peuples qui ne veulent pas en consommer. Les produits importés n’ont aucune traçabilité en la matière (les directives européennes n’étant pas source de protection ou de clarification) » (...).

Cet article est le 384ème paru sur le blog CiViQ - le 120ème en catégorie Agriculture Alimentation

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Lucien Bourgeois, le 7 novembre 2011, intervenant lors du colloque Agriculture de la Fondation Res Publica

Lucien Bourgeois, le 7 novembre 2011, intervenant lors du colloque Agriculture de la Fondation Res Publica

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