Une fraude aux Pays-Bas enclenche un scandale alimentaire en Europe

Publié le par Michel Sorin

 

Un insecticide interdit introduit par un industriel a contaminé des œufs

 

Un défaut de contrôle sanitaire aux Pays-Bas est à l’origine d’un scandale alimentaire qui touche de nombreux pays européens, dont la France. Voir (Wikipédia) Scandale des œufs contaminés au fipronil.

Les atermoiements des autorités sanitaires des Pays-Bas avant de transmettre des informations aux partenaires européens ont compté dans l’extension de la contamination. La détection de l’insecticide fipronil dans les œufs daterait de novembre 2016 (Ouest-France, 10 août 2017).
Voici quelques articles de presse permettant de situer les responsabilités :

- Le Figaro (15 août) : Œufs contaminés: le scandale s'étend à toute l'Europe

- Libération (14 août) : Œufs contaminés: de nouveaux établissements concernés en France

- Libération (7 août 2017) : Comment le scandale des œufs contaminés a rattrapé la France


 

Dans un article de Xavier Bonnardel, le 12 août, Ouest-France éclaire notre lanterne sous le titre :

Le scandale des œufs contaminés au fipronil touche désormais quinze pays de l’Union européenne ainsi que la Suisse et Hong-Kong. En France, où environ 250 000 œufs frelatés auraient déjà été vendus au cours des dernières semaines, les autorités sanitaires évoquent un risque très faible pour la santé des consommateurs. Mais comment ces œufs ont pu arriver dans nos rayons ? Explications.

Les œufs se jouent des frontières. Ils s’exportent, s’importent. Comme toute matière première agricole. Comme tout produit manufacturé.

Longtemps, du fait de sa fragilité, l’œuf a été difficile à transporter. Aujourd’hui, transformé en ovoproduit, il voyage sans craindre la casse, en poche, en bidon, sous forme de jaune ou de blanc, concentré, liquide, ou en poudre.

Dans ces flux commerciaux, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Les Pays-Bas et la Belgique produisent beaucoup plus d’œufs que n’en mange leur population. Ces deux pays, traditionnelles plaques tournantes des échanges agroalimentaires, se tournent naturellement vers l’exportation.

Filière puissante

Sur l’échiquier européen, la France occupe la position de premier producteur. Ses 2 800 élevages et leurs 55 millions de poules ont produit, en 2016, 14,3 milliards d’œufs. L’essentiel de cette production s’écoule sur le marché hexagonal. Le consommateur français avale chaque année 219 œufs. 60 % sous la forme d’œufs frais emballés dans des boîtes carton alvéolées, par des entreprises aux marques reconnues : Matines (groupe Avril), L’œuf de nos villages (400 éleveurs), Loué, Le Gaulois (groupe LDC)… Selon la Confédération française de l’aviculture, « 98 % des œufs commercialisés en France sont pondus en France ».

Les 40 % restants sont consommés sous la forme d’ovoproduits, incorporés par les industriels agroalimentaires dans les biscuits, brioches, viennoiseries, pâtisseries… Selon Loïc Coulombel, président du Syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf, « la cinquantaine de fabricants d’ovoproduits s’approvisionnent à 90 % sur le marché français et à 10 % sur le marché européen », via des négociants, des grossistes, des sociétés de trading.

Puissante, la filière tricolore de l’œuf, par sa capacité à couvrir l’essentiel de ses besoins, diminue l’exposition de la France aux crises sanitaires nées hors de ses frontières. Sans l’immuniser totalement. Car, depuis deux ans, la France a fortement accru ses importations. Au point de perdre son autosuffisance.

Selon l’Institut technique de l’aviculture, « la France est redevenue importatrice nette d’œufs en coquille en 2015. Au global, le secteur œufs et ovoproduits devient déficitaire en volume de 5 912 t. Les importations d’œufs coquille ont progressé de 46,5 % en 2016. La France a plus que triplé ses importations en provenance de Pologne, Allemagne, Italie. »

Nouvelles exigences

Cette flambée récente des importations coïncide avec les nouvelles exigences de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire. Sous la pression des consommateurs, de plus en plus sensibilisés au bien-être animal, elles bannissent l’œuf produit en cage et plébiscitent l’œuf produit en plein air ou dans des bâtiments avec volières.

Faute d’avoir réussi sa mue, la filière tricolore n’est pas la mieux placée pour satisfaire cette demande. 68 % des œufs produits en France sont pondus en cage.

Les Pays-Bas ont mis leurs poules au sol ou en plein air, à proportion de 82 %. « On importe afin de pallier le manque de disponibilité de certains produits demandés par nos clients. C’est le cas des œufs pondus au sol, qui sont bien plus développés aux Pays-Bas ou en Allemagne », reconnaît Loïc Coulombel.

L’avis de la présidente de la FNSEA, syndicat majoritaire chez les agriculteurs, est exprimé dans un article de Ouest-France le 11 août. En plein scandale des œufs contaminés, la présidente de la FNSEA a estimé qu’en France « sur le plan sanitaire, on est irréprochable et il faut le rester, même si c’est contraignant ». Voir  : Œufs contaminés. En France, on est irréprochable, estime Christiane Lambert

Cet article est le 394ème paru sur le blog CiViQ - le 125ème en catégorie Agriculture Alimentation

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