Groenland (57 000 habitants) : changements aux élections législatives
Le parti en tête, Démocrates, vise à terme l'indépendance de l'île
Pour commencer, il importe de bien situer le Groenland, cette île de l'Arctique, à proximité du continent américain, "indépendante" sans être un Etat, rattachée au Danemark mais pas à l'Union européenne. Voir (Wikipédia) Groenland.
Les déclarations de Donald Trump - voir (Le monde en cartes, YouTube, 12 mars) : Pourquoi TRUMP veut le Groenland ? (les vraies raisons) - ont focalisé sur ce grand pays très peu peuplé en raison de son climat.
La Nouvelle République, avec l'AFP, le 12 mars, a ainsi commenté les élections législatives, dont les résultats ont surpris.
L’opposition de centre droit a remporté les élections législatives au Groenland, un scrutin marqué par une poussée des nationalistes, qui réclament l’accession rapide à l’indépendance de l’île arctique convoitée par Donald Trump.
D’après les derniers résultats officiels publiés ce mercredi 12 mars 2025, le parti Démocrates, formation autoproclamée « sociale-libérale » favorable à l’indépendance à terme, a remporté 29,9 % des suffrages lors des élections législatives au Groenland. Multipliant donc par plus de trois son score de l’élection précédente en 2021. Les nationalistes de Naleraq, force la plus activement engagée pour que le territoire autonome danois rompe ses liens restants avec Copenhague, se placent eux en deuxième position avec 24,5 % des voix.
La coalition sortante composée d’Inuit Ataqatigiit (IA, gauche écologiste) et des sociaux-démocrates de Siumut a, elle, été très largement sanctionnée par les électeurs qui se sont déplacés en masse. IA a perdu 15,3 points et Siumut 14,7 par rapport à il y a quatre ans. « Nous respectons le résultat de l’élection », a réagi sur KNR le premier ministre sortant, Mute Egede, chef d’IA.
Aucun des partis n’étant en position d’obtenir la majorité sur les trente et un sièges au Parlement, des tractations vont maintenant être nécessaires pour former une alliance. Celle-ci devra notamment esquisser les modalités et un calendrier menant à l’indépendance que souhaitent l’immense majorité des 57.000 habitants.
« Démocrates est ouvert à la discussion avec tous les partis et à la recherche de l’unité, surtout avec ce qui se passe à l’étranger », a déclaré son jeune leader de 33 ans, Jens-Frederik Nielsen, ancien champion groenlandais de badminton.
L’indépendance, mais à quel prix ?
À près de 90 % inuits, les Groenlandais déplorent avoir été traités historiquement comme des citoyens de second rang par l’ex-puissance coloniale accusée d’avoir étouffé leur culture, procédé à des stérilisations forcées et retiré des enfants à leurs familles.
Les principaux partis groenlandais souhaitent tous l’indépendance, mais ils divergent sur la feuille de route. Les nationalistes de Naleraq la veulent très rapidement. « Nous pouvons faire ça de la même manière que nous avons quitté l’Union européenne (en 1985). Cela a pris trois ans. Le Brexit a duré trois ans. Pourquoi prendre plus de temps ? », a déclaré le chef du parti, Pele Broberg.
D’autres formations conditionnent l’indépendance aux progrès économiques du Groenland. Recouvert à 80 % de glace, le territoire est économiquement dépendant de la pêche, qui représente la quasi-totalité de ses exportations, et de l’aide annuelle d’environ 530 millions d’euros versée par Copenhague, soit 20 % du produit intérieur brut (PIB) local.
Pour Naleraq, le Groenland pourrait voler de ses propres ailes grâce à ses ressources minérales mais le secteur minier reste pour l’heure ultra-embryonnaire, plombé par des coûts d’exploitation élevés.
Levier pour des négociations
Jamais des élections au Groenland n’avaient connu un tel retentissement international, conséquence des visées du président américain qui veut faire main basse sur le territoire en agitant alternativement la carotte et le bâton.
Signe, peut-être, d’un effet Trump, la participation a été élevée, à plus de 70 %. Convaincu de pouvoir s’emparer « d’une manière ou d’une autre » du Groenland, Donald Trump a tenté jusqu’à la dernière minute de peser sur les élections, provoquant stupéfaction, rejet et, plus rarement, enthousiasme.
Dans la nuit de dimanche à lundi, il a de nouveau promis, sur son réseau Truth Social, sécurité et prospérité aux Groenlandais qui souhaiteraient faire partie des États-Unis.
Selon un sondage paru en janvier, quelque 85 % des Groenlandais excluent cette éventualité. Mais les déclarations de Donald Trump ont pesé sur la campagne électorale. Naleraq voit dans l’intérêt américain pour l’île un levier dans de futures négociations avec le Danemark. Mais ces sorties refroidissent aussi parfois les ardeurs indépendantistes et incitent au maintien des liens avec Copenhague, au moins pour l’instant.
Cet article est le 592ème paru sur le blog CiViQ - le 34ème, catégorie Monde
Article paru le 13 mars 2025 sur http://civiq.over-blog.com
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