Sauver l'industrie européenne face à la Chine : l'alerte est donnée

Publié le par Michel Sorin

Le rapport du haut-commissariat au plan français fait des propositions

Le rapport du Haut-commissariat au Plan, publié lundi, propose de relever les droits de douane contre la Chine ou encore de déprécier l'euro contre la monnaie chinoise. Des mesures chocs pour éviter l'effondrement industriel européen. Voir (Les Echos, Richard Hiault, 9 février 2026)

Les propositions chocs du commissariat au Plan pour sauver l'industrie européenne "face au rouleau compresseur chinois"

Relever les droits de douane et déprécier l'euro. Telles sont les deux mesures phares que propose un rapport du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, intitulé « l'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois » et publié ce lundi. Car l'industrie européenne fait face à une menace existentielle. La concurrence chinoise, qui s'est très nettement accentuée depuis quelques années, risque d'aboutir à des milliers de pertes d'emplois sur le Vieux Continent si rien n'est entrepris rapidement.

Thomas Grjebine, économiste au Cepii, aux côtés de Pacôme Lefebvre et Mattéo Torres, montre que la déferlante chinoise menace et touche désormais le coeur productif de l'Europe. Non seulement la production chinoise concurrence les marchés d'exportations des producteurs européens, mais également le marché intérieur européen lui-même. « Depuis 2023, l'industrie allemande a perdu 240.000 emplois, soit 10.000 par mois », a illustré lors d'une conférence de presse, lundi, Clément Beaune, le haut-commissaire à la Stratégie et au Plan.

Alors que les PDG de toute l'industrie européenne se réunissent à Anvers, mercredi, pour parler compétitivité européenne, ce sujet sera aussi au coeur des discussions des chefs d'Etat et de gouvernement européen jeudi. L'heure est-elle à la prise de conscience de la montée du péril chinois ? Comme le montre le rapport, la Chine a bâti en quelques décennies un appareil productif d'une ampleur sans équivalent, combinant des coûts de productions inférieurs, des surproductions massives et une montée en gamme technologique très rapide.

Ecart de productivité

Tant et si bien que la Chine est devenue un acteur puissant qui représente aujourd'hui 35 % de la production manufacturière mondiale contre seulement 5 % pour l'Allemagne. La Chine dégage également des excédents commerciaux records, modifiant durablement la géographie industrielle mondiale.

« Un quart des exportations françaises apparaît directement menacé par la concurrence chinoise. Pour l'Allemagne, un tiers des exportations et même deux tiers de la production intérieure sont directement menacés », a détaillé Clément Beaune.

Bref, si rien n'est entrepris pour protéger le site de production Europe, l'exemple de l'industrie européenne photovoltaïque qui a disparu du paysage en quelques années, au début des années 2010, risque de toucher d'autres secteurs à moyen terme. Pour les experts du rapport, il est urgent d'agir car l'écart des coûts de production - de 30 à 40 % en moyenne entre l'Europe et la Chine, ne pourra être résorbé par les seuls investissements, l'innovation et la recherche européenne. A ce stade, il est urgent de prendre des mesures de protection.

Plusieurs options sont sur la table. L'une consiste à renforcer l'arsenal de défense commercial. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a ainsi plaidé ce lundi en faveur d'une « préférence européenne » dans certains secteurs stratégiques.

Mais les instruments dont dispose l'Union européenne, à l'instar de sa réglementation anticoercition ou d'une éventuelle législation visant à imposer une préférence européenne dans la fabrication de biens sont jugés insuffisants. « Leur caractère sectoriel, réactif et fragmenté ne permet pas de répondre à une stratégie chinoise globale et de long terme. La préférence européenne est pertinente pour soutenir certains secteurs stratégiques, mais ne constitue pas une réponse suffisante », indique Thomas Grjebine.

Un nouvel accord du Plaza ?

Mieux vaut, dans l'absolu, instaurer un droit de douane général d'environ 30 % vis-à-vis de la Chine ou faire en sorte de déprécier significativement l'euro par rapport à la monnaie chinoise, le renminbi. « La sous-évaluation du renminbi accentue l'écart de coût de production entre les deux zones », a expliqué Clément Beaune, regrettant que cette question du taux de change ne soit plus abordée dans les instances exécutives européennes. De son côté, Thomas Grjebine s'est explicitement référé aux accords du Plaza, en septembre 1985, où un accord avait été trouvé entre grandes puissances pour affaiblir le dollar par rapport au yen et au deutsche mark.

Aujourd'hui, un renchérissement du renminbi n'a rien d'évident puisque la monnaie est contrôlée et qu'il nécessiterait sans doute un accord à trois entre les Etats-Unis, la Chine et l'UE. C'est en tout cas un objectif implicite de la présidence française du G7, qui entend résorber les déséquilibres macroéconomiques mondiaux.

Sur la question chinoise, seule, il va également falloir convaincre les Européens d'agir à l'unisson. Si la France pousse en faveur d'une hausse des droits de douane, il n'en va pas de même du côté de ses partenaires, et notamment de l'Allemagne. « Ce n'est pas un sujet consensuel au niveau européen », regrette Clément Beaune.

Cet article est le 663ème paru sur le blog Réseau CiViQ - le 61ème, catégorie Europe Continent
Article paru le 10 février 2026 sur http://civiq.over-blog.com

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Photo Les Echos : Clément Beaune, haut-commissaire a la Stratégie et au Plan, lors des rencontres de la souveraineté numérique, à Bercy. (Photo Eric Tschaen/REA)

Photo Les Echos : Clément Beaune, haut-commissaire a la Stratégie et au Plan, lors des rencontres de la souveraineté numérique, à Bercy. (Photo Eric Tschaen/REA)

Publié dans Europe Continent

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