Guerre en Iran : les bombardements, sources d'énormes pollutions

Publié le par Michel Sorin

Photo Reporterre, 10 mars 2026

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A long terme, le climat sera affecté par l'intensité des fumées toxiques

Le média de l'écologie Reporterre, ce 10 mars, par son rédacteur Philippe Pernot, a mis l'accent sur les conséquences pour l'environnement des bombardements intensifs en Iran.

Des bombardements étasuniens et israéliens ont visé des raffineries en Iran, qui a répliqué en attaquant des sites et navires pétroliers dans le Golfe. Des experts dénoncent un grave danger pour la santé et l’environnement.

Plongée dans la nuit en plein jour, Téhéran s’est retrouvée sous une pluie noire et acide, dimanche 8 mars, après des bombardements israéliens sur trente sites pétroliers de la capitale iranienne, dont quatre dépôts majeurs et une raffinerie. Habitants, photographes et correspondants de presse y décrivaient des scènes « apocalyptiques », alors que d’épais nuages de fumée couvraient l’horizon, et que 400 frappes aériennes s’abattaient sur leurs têtes en une journée.

« Ce qu’on vient de voir est totalement fou. On parle d’une métropole de 15 millions d’habitants touchée par des niveaux de pollution très élevés », s’indigne Kaveh Madani, scientifique, activiste et ancien vice-ministre iranien de l’Environnement de 2017 à 2018 [1], joint par WhatsApp. « En inhalant ces fumées toxiques, ces particules fines et ces métaux lourds, les humains peuvent souffrir de problèmes respiratoires, de nausées, d’évanouissements, d’une détresse dans différentes parties du corps — les enfants, les malades chroniques et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables. Mais il y aussi les animaux, la terre, les nappes phréatiques qui vont être contaminées dans une boucle rétroactive. »

Des experts avertissent de décès potentiels liés à ces fumées de dioxyde de soufre (SO2) et des oxydes d’azote (NOx) créés par la combustion du pétrole, ainsi que du soufre, benzène, sulfure d’hydrogène. « Nous recommandons aux Iraniens de rester chez eux pour ne pas les inhaler, mais beaucoup de maisons ont eu les fenêtres soufflées. On observe que cette pollution se déplace déjà vers les autres pays du Golfe », explique l’expert iranien, dont la famille est toujours à Téhéran.

D’après des rapports, la décision d’attaquer des réservoirs de pétrole avait été communiquée à Washington par les forces armées israéliennes — mais l’ampleur des attaques et les dégâts causés auraient toutefois surpris le gouvernement étasunien, soucieux d’épargner le secteur pétrolier. « Ceux qui ont planifié l’attaque savaient qu’il allait pleuvoir, je me demande s’ils n’auraient pas pu retarder cela d’au moins quelques heures ou d’un jour ou deux, jusqu’à ce que l’épisode pluvieux soit terminé », ajoute Kaveh Madani.

Pollutions multiformes

Israël et les États-Unis ont lancé une campagne de bombardements massive contre la République islamique d’Iran, samedi 28 février, tuant 1 200 personnes et blessant 10 000 autres. Malgré l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei et d’une grande partie de ses cadres, le régime continue de résister en ciblant notamment les pays du Golfe. Les bombardements des deux alliés redoublent donc contre les infrastructures militaires du pays, mais aussi contre des industries à « double usage »comme le pétrole, et des infrastructures civiles.

« Si les sites pétroliers sont souvent pris pour cibles pendant les guerres, les incendies à Téhéran sont inhabituels, car il est rare que de tels incidents se produisent dans une zone aussi densément peuplée et qu’ils aient le potentiel d’affecter directement la santé et le bien-être d’une population civile aussi importante. Cela aurait dû être pris en compte dans la décision de cibler ces sites », critique Doug Weir, directeur de l’Observatoire des conflits et de l’environnement (CEOBS) basé au Royaume-Uni.

« Nous avons une connaissance très limitée des types d’exposition auxquels sont soumis les civils »

Pour lui, les conséquences des bombardements sur ces sites militaires et pétroliers ne seraient rien de moins qu’une boîte de pandore environnementale« Étant donné que les soins de santé pendant les conflits armés se concentrent sur les besoins urgents et que les systèmes de surveillance environnementale sont hors service, nous avons une connaissance très limitée des types d’exposition auxquels sont soumis les civils vivant dans les zones urbaines bombardées », explique-t-il.

Toutefois, les explosions de missiles, obus, et autres systèmes d’armement « peuvent inclure des matériaux de construction pulvérisés, des résidus d’armes, des produits de combustion toxiques, des particules et des métaux lourds », selon lui. Les sites nucléaires iraniens, eux, n’auraient pas encore souffert de bombardements assez graves pour représenter une contamination atomique selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais la menace continue de peser, alors que l’entrée du site de Natanz a été ciblée la semaine dernière.

L’environnement : cible ou dommage collatéral ?

En onze jours de guerre, un grand nombre de sites pétroliers et énergétiques ont été touchés, en Iran mais aussi en Arabie saoudite, au Qatar, au Koweït. Plusieurs navires citernes ont été endommagés par des drones iraniens, fermant effectivement le stratégique détroit d’Ormuz au commerce international — et faisant craindre le risque de marées noires rappelant celles de la guerre du Golfe de 1991. « Il y a effectivement des parallèles avec les images des puits de pétrole brûlant et libérant des quantités énormes de résidus toxiques, affectant la santé des habitants et des soldats, mais aussi l’acidification des sols », explique Mathilde Jourde, responsable du programme Climat, environnement et sécurité à l’Iris.

La chercheuse dénonce « l’utilisation stratégique de ces dégradations environnementales » et des « conséquences en cascade », affirmant qu’elles auraient des objectifs à court, moyen et long terme. « Il peut y avoir un objectif tactique direct, mais qui peut permettre d’affaiblir la capacité économique ou énergétique d’un adversaire. Et finalement de provoquer des dommages environnementaux durables qui réduisent la résilience de la population et de l’État en question », affirme-t-elle. Selon elle, de telles attaques contre l’environnement à des fins militaires pourraient rentrer dans les définitions de crimes environnementaux, sanitaires, ou même d’écocide, en fonction du cadre juridique.

Au long terme, c’est le climat qui se retrouvera affecté. « Aux émissions directes des armées et des bombardements, il faut en ajouter des indirectes : les trajectoires plus longues des avions et navires pour contourner l’Iran, la hausse de la production du pétrole pour compenser la flambée des prix, qui auront des répercussions difficiles à estimer », ajoute la chercheuse.

Une crainte corroborée par Kaveh Madani, l’expert iranien. « Les guerres relâchent forcément de grandes quantités de CO2, de pollutions, et affectent toute la chaîne du vivant. Et à la fin, ce sont les humains innocents et les écosystèmes, qui n’ont pas leur mot à dire dans les décisions de leurs gouvernements, qui se retrouvent impactés. »

Cet article est le 677ème paru sur le blog Réseau CiViQ - le 10ème en catég. Santé environnement

Article paru le 10 mars 2026 sur http://civiq.over-blog.com

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