La présence citoyenne est nécessaire pour renforcer la démocratie
La "fatigue" démocratique résulte du désengagement politique et social
D'un côté, nous constatons l'affaiblissement de la démocratie et, de l'autre, nous voyons l'invasion de la société par le capitalisme. Et nous refusons de voir que la démocratie se vide de sa substance quand le marché occupe tout l'espace de la décision politique.
Réagissons avant qu'il ne soit trop tard. Les élections municipales nous alertent sur l'état de la démocratie locale. Voir :
- (4 mars) Municipales en Mayenne : 83 % des communes avec une seule liste
- (8 mars) Saint-Berthevin a besoin de penser une alternative à Yannick Borde. Cette alternative viendra d'une présence citoyenne vigilante.
Une fatigue démocratique taraude notre pays. Elle pourrait se traduire, ce dimanche, par une progression de l’abstention et par une montée en puissance du vote protestataire en direction du RN et de LFI. Il semble désormais urgent d’interroger le fonctionnement même de notre système politique.
Pour le politiste Loïc Blondiaux, l’une des réponses passe par la redéfinition du rôle des citoyens dans la conduite des affaires publiques, au-delà du vote. Voir (The Conversation, 13 mars 2026) Pour éviter l'autoritarisme, démocratisons la démocratie.
Face au risque de voir le régime démocratique basculer vers l’autoritarisme en raison de la désaffection de ses citoyens, il est urgent de regagner leur confiance en leur donnant un plus grand rôle dans la conduite des affaires publiques, et en leur proposant une véritable éducation démocratique.
La démocratie en France souffre de pathologies dont beaucoup lui sont propres. Certes, la France n’est nullement le seul pays au monde à subir une désaffection croissante des citoyens vis-à-vis de leurs gouvernants, à connaître une montée en puissance des partis d’extrême droite, à se révéler incapable de juguler la montée des inégalités sociales ou de protéger ses citoyens des effets du dérèglement climatique et de la destruction de la biodiversité. Mais dans peu de pays européens comparables, le niveau de défiance des citoyens vis-à-vis de leurs institutions et de leurs gouvernants est aussi fort.
Le système politique, quant à lui, semble incapable de répondre aux aspirations citoyennes. L’inertie du cadre institutionnel est forte. Alors que les citoyens approuvent assez largement l’introduction de la représentation proportionnelle ou l’élargissement du recours au référendum, toute réforme significative des institutions semble pour le moment pratiquement impossible.
C’est l’absence de volonté politique réelle en faveur de la transformation de ces mêmes institutions et la crainte de la part de ceux qui sont parvenus au pouvoir selon certaines règles d’en changer qui expliquent ce quasi-statu quo et cette impasse. Au final, tout se passe comme si les dirigeants des partis politiques français avaient fait leur la formule du prince Salina dans le roman le Guépard (1958), de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : « Il faut que tout change pour que tout reste comme avant. » (« Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi »)
Nous voudrions pourtant défendre l’idée selon laquelle il existe des solutions politiques, disponibles dès à présent, pour sortir démocratiquement et par le haut de cette impasse.
Répondre aux problèmes de la démocratie par l’introduction de plus de démocratie
Il importe en premier lieu de repenser la place et le rôle des citoyens ordinaires dans le processus représentatif. Ceux-ci ne peuvent plus et ne veulent plus se contenter d’un rôle de simples consommateurs ou spectateurs de la politique. Si le cadre de la démocratie représentative, tel qu’il a été conçu à la fin du XVIIIᵉ siècle par les pères fondateurs du « gouvernement représentatif », en fait une simple « aristocratie élective » de représentants jugés plus sages et plus compétents que le peuple pour prendre des décisions, il est plus que jamais nécessaire de permettre et d’encourager la participation de ce dernier au pouvoir.
Tout indique par exemple, aujourd’hui, qu’il ne pourra y avoir de transition écologique juste sans une implication et une responsabilisation des citoyens. Le mouvement dit des « gilets jaunes » illustre cette nouvelle donne, puisqu’il s’est constitué dans un premier temps contre la « taxe carbone » imposée à tous, sans compensation pour les revenus les plus faibles et sans consultation aucune de la population.
Toute transformation affectant les modes de vie ou le pouvoir d’achat qui serait imposée d’en haut, sans que ceux qui sont les plus directement concernés puissent participer à des choix qui les touchent, risque d’être rejetée par une grande partie de la population.
L’exemple à l’inverse de la Convention citoyenne sur le climat a montré que, dès lors qu’ils sont associés et incités à s’impliquer dans la construction de politiques qui leur paraissent justes socialement et efficaces d’un point de vue environnemental, les citoyens jouent le jeu et sont beaucoup plus ambitieux que les élus.
Un choix à faire : la participation citoyenne ou le despotisme
L’un des principaux facteurs de la défiance actuelle des citoyens vis-à-vis des gouvernants est le sentiment de ne plus être représentés politiquement. Une fraction croissante de la population semble par ailleurs avoir perdu confiance dans la capacité des élections et des partis de gouvernement qui se succèdent au pouvoir à améliorer leurs conditions de vie. Ces deux attitudes les conduisent souvent à espérer qu’un pouvoir d’extrême droite se révélera à la fois mieux capable de tenir compte de leurs intérêts et de prendre des décisions politiques efficaces. Sauf à se résigner à un tel tournant autoritaire, le seul moyen aujourd’hui de légitimer les décisions prises et de redonner confiance en la politique est bien d’associer les citoyens au processus de décision (...).
Cet article est le 680ème paru sur le blog Réseau CiViQ - le 94ème, catég. Collectivités Territoriales
Article paru le 15 mars 2026 sur http://civiq.over-blog.com
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