Jean-Marc Jancovici contre la baisse de la fiscalité des carburants
Réduire la dépendance au pétrole pour la mobilité est prioritaire
Jean-Marc Jancovici, ingénieur, spécialiste de l’énergie et du climat, était l’invité du "8h30 franceinfo", vendredi 3 avril 2026. Il répondait aux questions de Benjamin Fontaine et de Camille Vigogne Le Coat.
"Une baisse de la fiscalité de l’essence, ce n’est pas une bonne idée", estime Jean-Marc Jancovici, ingénieur, spécialiste de l’énergie et du climat, et président du think tank The Shift Project, alors que le Rassemblement national et Laurent Wauquiez (LR) réclament une baisse de la TVA sur les carburants pour soutenir les automobilistes, face à la hausse des prix à la pompe. Cette baisse de la TVA serait, selon Jean-Marc Jancovici, "une aide indifférenciée qui profite aussi bien aux gens qui ont les moyens qu’à ceux qui ne les ont pas". Le RN réclame notamment une baisse de la TVA de 20 à 5,5 % sur l'énergie, chiffrée par le parti à 12 milliards d'euros par an.
Jean-Marc Jancovici met aussi en garde contre d'autres effets d’un allègement de la fiscalité sur les carburants : "Baisser la fiscalité sur les carburants, c’est un transfert d’argent au profit des pays exportateurs. L’argent, il vaut mieux le garder chez nous", et "c’est envoyer le signal qu’on viendra toujours au secours des automobilistes s’ils restent dans des voitures à pétrole".
Pour l'ingénieur, la dépendance mondiale au pétrole est au cœur du problème : "On est tributaire du pétrole pour la mobilité des personnes et des marchandises. On s’est mis délibérément dans cette situation, et il n’y a pas de façons simples d’en sortir à court terme". "La meilleure manière d’aider les Français" dépendants de leur voiture, poursuit-il, c’est de les "aider à passer rapidement à la mobilité électrique". Jean-Marc Jancovici plaide pour la "décarbonation" de la mobilité et "le leasing social mis en œuvre par le gouvernement", qui facilite l’accès à une voiture électrique pour les foyers modestes. "Ce serait une réponse beaucoup plus adaptée", estime-t-il. "Pour le moment, l’électricité nucléaire, on ne la met pas dans les voitures", souligne-t-il. Sur le long terme, tout l’enjeu, "c’est se débarrasser du pétrole dans la mobilité des personnes et des marchandises".
La Capeb, qui représente 500 000 entreprises, alerte sur la situation des artisans touchés par la guerre au Moyen-Orient. Elle a interrogé 2 600 artisans : 92% subissent la hausse des prix des carburants. "Tout l'enjeu, c'est de mettre l'électricité nucléaire dans les voitures. Ce qu'il faut, c'est décarboner la mobilité, c'est-à-dire éviter que la mobilité soit dépendante du pétrole", dit Jean-Marc Jancovici.
* Voir (Caisse des dépôts, Nicolas Laine, 25 novembre 2025) : Le backlash écologique est-il inévitable ?
Le terme “backlash” désigne le rejet croissant des politiques climatiques observé dans de nombreux pays occidentaux, à l’image de l’abandon du Green New Deal et de la réduction des aides au véhicule électrique aux États-Unis, ou du retrait de l’interdiction des chaudières à gaz en Allemagne.
Cet article est le 683ème paru sur le blog Réseau CiViQ - le 97ème, catégorie France
Article paru le 03 avril 2026 sur http://civiq.over-blog.com
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