La vidéosurveillance en Mayenne : les faits, les projets et les enjeux
Une réunion publique était organisée le 18 juin 2026 sur ce thème
Les initiatives du Conseil Départemental de la Mayenne en ce qui concerne la vidéosurveillance devant les collèges ont amené un collectif d'organisations syndicales et associatives à réfléchir aux enjeux de cette technique.
Ce collectif - regroupant la CGT Educ'action public et privé, la FCPE, la FSU, la LDH, Sud Education - organisait une réunion publique le 18 juin au Quartier Ferrié à Laval. Il avait invité Thomas Jusquiame, journaliste, auteur d'un livre sur la question de la vidéosurveillance.
En première partie de soirée, le responsable CGT éducation 53 a présenté un diaporama bien utile. En voici l'essentiel.
Edgar Morin (1921-2026), sociologue et philosophe, tribune Le Monde 07 07 2021
Nous vivons donc aujourd'hui une formidable dynamique scientifique-technique-économique-politique déterminée par le développement incontrôlé des sciences, le développement incontrôlé des techniques, sous l'impulsion effrénée des forces économiques et celle, non moins effrénée, de la volonté de puissance des Etats. Cette dynamique contribue à une énorme régression politico-sociale où apparaissent un peu partout sur la planète des chefs d'Etat dits "populistes" parce que démagogues, des régimes néoautoritaires à façade parlementaire, tandis que se multiplient les moyens qui permettent une société de domestication et de surveillance par reconnaissance faciale, contrôle des télécommunications, satellites ou drones espions - c'est déjà la réalité chinoise. La "bigbrotherisation" est en marche.
Marjane Satrapi (1969- 2026), autrice de BD et réalisatrice, dans Télérama, 04 07 2024, trois jours avant le second tour des élections législatives en France, 7 juillet 2024.
Il y a quelque chose de profondément changé dans la société française, et pas seulement depuis le premier tour. Pour quelqu'un comme moi qui viens de l'extérieur, je sens que la France change, et pas dans le bon sens. Je ne sais pas depuis quand c'est devenu cool d'avoir peur de l'autre (...). Les idées d'extrême droite ont contaminé la société française (...).
Etat des lieux local
12 décembre 2024 : adoption en séance plénière du Conseil départemental de la Mayenne d'une somme de 200 000 euros, au sein du budget consacré aux travaux dans les collèges, pour la vidéosurveillance, sans aucun débat sur la question.
Sylvain Rousselet, conseiller départemental de Meslay-du-Maine, vice-président de la commission Enseignement et citoyenneté : "Nous souhaitons commencer la mise en place de la vidéosurveillance qui sera plutôt en fin 2025, et qui va, du coup, se poursuivre sur l'année 2026, mais déjà 200 000 euros sont prévus pour lancer cette opération."
11 juin 2025 : sur ICI Mayenne, Olivier Richefou, président du Conseil départemental, invité au lendemain du décès de Mélanie Grapinet, AEd, poignardée par un élève devant un collège de Haute-Marne.
Olivier Richefou : "Pour qu'une caméra soit efficace, il faudrait qu'on accepte, je sais que c'est compliqué, la reconnaissance faciale ou tous les éléments qui permettent d'identifier des mouvements suspects. Parce qu'on ne peut pas mettre des opérateurs derrière chaque caméra. Donc, il faut qu'on accepte, à un moment donné, peut-être quand on est sur l'espace public, de restreindre certaines libertés (...)".
13 janvier 2026 : sur ICI Mayenne, Olivier Richefou, et visite au collège E. de Martonne à Laval
Présentation du projet de caméras : la "vidéosurveillance" devient "vidéoprotection". Il est évoqué l'option d'un visionnage à l'accueil, si l'établissement le souhaite, et un projet de centre supervision départemental avec 1 ou 2 personnes derrière les écrans.
Le coût de l'installation est évalué à 450 000 euros pour l'ensemble des collèges publics et 300 000 euros pour les collèges privés.
9 mars 2026 : adoption, en séance plénière, après débat de plus d'une heure, d'une délibération pour la création d'un centre de visionnage départemental mutualisé, dont le site n'est pas précisé, mais avec un lancement prévu le 1er semestre 2027.
Fin mars 2026 : installation des caméras dans les collèges lavallois. C'est l'entreprise CEGELEC, à Bonchamp-lès-Laval, qui a emporté les marchés pour l'installation de toutes les caméras du département. Elle est la seule à avoir concouru.
Fin juin 2026 : test de fonctionnement au collège E de Martonne à Laval et question de la vidéosurveillance abordée dans les conseils d'administration des collèges publics mayennais, hors Laval.
Puis, Thomas Jusquiame a présenté les éléments qui se retrouvent dans son livre Circulez La ville sous surveillance, éditions Marchialy, 2024.
Ensuite, Alain Voisin, qui représentait la Ligue des droits humains 53, a expliqué en quoi cette question pose le problème des libertés individuelles. Lier la sécurité et la liberté, a-t-il insisté.
Et, Marion Destais, au nom de la FCPE, a souligné l'inquiétude des parents d'élèves face à ce qui pourrait apparaître comme un début de "flicage" de leurs enfants.
Le débat a suivi ces interventions à fort contenu. Plusieurs anciens élus lavallois, comme Guillaume Agostino, Camille Pétron et Bruno Bertier, y ont participé. Ces deux derniers l'ont fait en tant qu'actuels conseillers départementaux de la Mayenne, avec beaucoup de précision.
De nombreuses autres personnes ont dialogué avec les intervenants, montrant leur intérêt pour le thème de cette réunion, de haut niveau.
Cet article est le 697ème paru sur le blog Réseau CiViQ - le 8ème, catégorie La Mayenne
Article paru le 19 juin 2026 sur http://civiq.over-blog.com
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