UE : Patrick Salez et les ambitions climatiques du Pacte vert européen
Son regret : les objectifs chiffrés de la Stratégie de la ferme à la fourchette, trop ambitieux
Dans la newsletter de mai 2026, la Maison de l'Europe en Mayenne rend compte ainsi de la conférence sur la PAC qui s'est déroulée dans l'amphithéâtre de AgriCampus Laval.
Le mardi 26 mai, une conférence sur la PAC (Politique Agricole Commune) s’est tenue à l’amphithéâtre du lycée agricole de Laval. L’intervention était animée par Monsieur Patrick Salez, membre du réseau Team Europe et spécialiste de la PAC et du développement rural.
Au cours de cette conférence, il a présenté les ambitions climatiques du Pacte vert européen ainsi que la stratégie « de la ferme à la fourchette », visant à mieux accompagner les producteurs tout en renforçant la protection de l’environnement. Il a également évoqué les difficultés et les freins rencontrés dans la mise en œuvre de ces objectifs.
Une vingtaine de personnes ont assisté à cette rencontre, qui s’est conclue par un échange riche et constructif entre les participants, issus de différents horizons professionnels et porteurs de points de vue variés.
Le conférencier, Patrick Salez, a indiqué que le Pacte vert, préparé par la Commission européenne sur la période 2019-2022, résultait de la volonté du Parlement européen élu en 2019 de développer une ambition climatique et de faire évoluer l'économie européenne en ce sens (priorité de la mandature, huit grands thèmes retenus).
Il en est résulté la stratégie agricole et alimentaire "De la ferme à la fourchette", avec implication de l'ensemble des filières. Les terres en agriculture biologique devaient passer de 10 % à 25 % en 2030. Des terres agricoles devaient être gelées afin de développer la biodiversité. La réduction de l'utilisation des pesticides, la lutte contre la déforestation faisaient partie des moyens recommandés. La PAC (Politique agricole commune) de la période 2021-2027 (en fait, 2023-2027 en raison du Covid) devait en tenir compte.
Au sein des instances européennes, se sont opposés deux modèles, l'un prenant en considération en priorité l'urgence climatique, le bien être animal, l'environnement et l'autre la viabilité économique et, finalement, la sécurité alimentaire mondiale (le syndicalisme agricole majoritaire étant de ce côté).
Les années 2023-2025 furent des années de régression de la stratégie adoptée en 2019 sous l'influence des écologistes entrés en force au Parlement européen. Toutefois, le projet de la Commission européenne avait des faiblesses, notamment l'absence d'étude d'impact.
Une étude publiée aux USA mettait en évidence qu'il allait en résulter une réduction de 15 % de la productivité agricole dans l'Union européenne. En outre, des ententes entre certaines Directions de la Commission européenne ont eu pour effet d'affaiblir le pouvoir des partisans du Pacte vert.
Ensuite, la polarisation du débat européen lors des élections européennes 2024 a permis des alliances entre la droite et l'extrême droite au Parlement européen, pendant que trois pays de l'est européen (Pologne, Hongrie, Slovaquie) se donnaient des majorités politiques visant à entraver l'action de la Commission.
La stratégie agricole et alimentaire était mise en échec par les élections de 2024. Le groupe des écologistes était affaibli. Le contexte international a favorisé un protectionnisme déguisé et accru les risques d'insécurité alimentaire dans le monde. Les principes de souveraineté économique et de priorité à l'industrie se sont imposés à la place du Pacte vert. D'autre part, certains pays, dont la France, ont demandé une pause réglementaire.
La Commission européenne issue des élections de 2024 s'est engagée à rétropédaler, proposant de réduire les normes administratives et des simplifications dans le cadre du règlement omnibus. En janvier 2025, Bardella réussissait des alliances pour abolir des réglementations. En décembre 2025, la Commission autorisait des pesticides.
La PAC 2023-2027 a été peu modifiée, contrairement à ce que souhaitait la Commission issue des élections de 2019.
Le conférencier a présenté ensuite ses observations personnelles, regrettant que ces régressions depuis trois ans aient eu pour effet d'affaiblir le leadership diplomatique européen.
- L'idée de réduire l'usage des pesticides et de développer l'agriculture biologique était louable et répondait bien aux objectifs climatiques de l'UE. Mais les objectifs chiffrés de la Stratégie de la ferme à la fourchette étaient trop ambitieux et impossibles à atteindre. Il fallait les considérer comme des cibles dont les agriculteurs devaient s'approcher avec tout l'accompagnement technique et financier nécessaire.
- Ne pas réaliser d'étude d'impact était une erreur.
- En France, les modèles sont souvent approchés de façon binaire, les agriculteurs subissant des injonctions contradictoires.
- En France, les procédures administratives et la pratique de surimposition de normes sont une réalité néfaste.
- C'est la PAC qui compte. Les négociations sont engagées pour la période 2028-2035.
Ce texte a été publié une première fois le 28 mai 2026 - voir UE : Patrick Salez regrette le recul de l'ambition climatique du Pacte vert. A un paragraphe près, en italique.
Sollicité pour donner son avis sur l'article publié le 28 mai, Patrick Salez a précisé "Il synthétise bien le déroulé de la conférence à une exception près : j'ai été moins négatif que le restitue la conclusion à propos de la Stratégie de la ferme à la fourchette".
Au lieu du premier point de conclusion "- Les objectifs chiffrés en 2019 étaient trop ambitieux (passer de 10 à 25 % les terres en bio, en peu d'années, n'était pas réalisable)", j'aurais écrit : "L'idée de réduire l'usage des pesticides et de développer l'agriculture biologique était louable et répondait bien aux objectifs climatiques de l'UE. Mais les objectifs chiffrés de la Stratégie de la ferme à la fourchette étaient trop ambitieux et impossibles à atteindre. Il fallait les considérer comme des cibles dont les agriculteurs devaient s'approcher avec tout l'accompagnement technique et financier nécessaire".
La modification a été effectuée. Merci à Patrick Salez d'avoir répondu à Jacqueline Dalibard, co-présidente de la Maison de l'Europe en Mayenne, qui lui avait transmis le texte publié sur le blog.
Cet article est le 694ème paru sur le blog Réseau CiViQ - le 175ème, cat. Agriculture Alimentation
Article paru le 05 juin 2026 sur http://civiq.over-blog.com